N°1, Novembre 2002


Diffusion de la culture scientifique :
les enjeux d'une communication.


La Communauté Urbaine du Grand Nancy

Jusqu'alors synonyme de développement, la notion de progrès scientifique est aujourd'hui considérée avec défiance par une partie de l'opinion publique. Loin des élans prométhéens des XIXè et XXè siècles où les avancées de la science et des techniques étaient considérées comme autant de percées de la civilisation, prévalent aujourd'hui des scénarii catastrophes basés sur des hypothèses alarmistes.

Face à ce constat, les pouvoirs publics multiplient les initiatives visant à promouvoir la culture scientifique et technique qui souffre aujourd'hui des nombreux stéréotypes qui offrent bien souvent une image quelque peu déformée de la science et de ses acteurs.

L'enjeu de telles initiatives est de taille. Les progrès des sciences et de la technologie conditionnant pour partie nos choix de société, il apparaît indispensable qu'un débat s'engage entre société civile et pouvoirs publics. Mais pour que ce débat puisse aboutir, deux conditions doivent au préalable être réunies : premièrement, donner au public les moyens de choisir les orientations sociétales, ce qui passe nécessairement par une bonne compréhension des enjeux et problématiques de la science ; deuxièmement, permettre aux décideurs politiques de s'appuyer sur une expertise scientifique dont la nature exacte doit être définie.

L'INIST, qui a vocation à diffuser les connaissances, a ici un rôle important à jouer car il lui appartient de partager ce savoir avec tous les publics. C'est dans cette optique que l'institut a choisi aujourd'hui de s'impliquer aux côtés des grands opérateurs régionaux, à l'image de la Communauté Urbaine du Grand Nancy, partenaire de cette édition 2002 de la Fête de la Science.

Raymond DUVAL

 

Diffusion de la culture scientifique :
les enjeux d'une communication.

Largement développée Outre-Atlantique, la communication scientifique reste encore en Europe l'affaire des chercheurs.
Mais qu'entend-on exactement par communication scientifique ? L'expression désigne en effet aussi bien la communication des résultats entre chercheurs, par le biais du sacro-saint système de la publication scientifique et de la validation par les pairs, que la transmission de ces mêmes résultats vers un public plus large, principalement par la médiation des journalistes.
Si dans sa première acception la communication scientifique fait l'objet de nombreux débats et initiatives, notamment autour de la question du libre accès aux données, force est de constater que les scientifiques ne se sont jusqu'alors que peu souciés de la promotion de la culture scientifique et technique (CST).

Or, la méfiance croissante d'une partie de l'opinion publique à l'égard de certains domaines de la recherche, tels le nucléaire ou le génie génétique, qui va de pair avec la prise de conscience de la nécessité de préserver notre environnement, a engendré un doute quant à la responsabilité des scientifiques. Parallèlement, le relatif désintérêt des jeunes pour les études supérieures à dominante scientifique inquiète les pouvoirs publics confrontés à l'impérieuse nécessité de remplacer une part importante des effectifs des établissements publics de recherche dans les années à venir.

Décidées à combler la "fracture" entre science et société, les instances décisionnelles, tant au niveau national(1) qu'européen(2), mettent en place des plans d'action spécifiques destinés à promouvoir à la fois l'éducation et la CST.


Une politique scientifique plus proche du citoyen

Principal objectif de ces campagnes d'information : réconcilier société "savante" et société civile en dissipant les stéréotypes et autres clichés qui tendent à donner de la science une image trop éloignée des préoccupations réelles des citoyens.
Développer les échanges entre les chercheurs et les acteurs sociaux(3), convier les citoyens à prendre part au dialogue sur l'éthique scientifique, rendre plus accessibles les résultats de la recherche, permettre aux décideurs politiques de s'appuyer sur la meilleure expertise scientifique possible afin de disposer d'une information exhaustive sur les problèmes débattus, encourager l'accès des femmes - actuellement sous-représentées - aux carrières scientifiques… Facteur crucial d'innovation et de développement, le progrès scientifique doit s'accompagner d'une démarche explicative permettant de favoriser la transmission du savoir.

L'implication directe des chercheurs est également indispensable au renforcement des liens entre science et citoyens. A cet égard, le Projet d'Établissement du CNRS attirait l'attention des personnels des établissements de recherche sur "leur devoir de responsabilité scientifique face à cette même société, qui se fonde à la fois sur un devoir d'écoute social et un devoir d'alerte"(4).
L'objectif est clair. Si la société méconnaît la complexité du processus d'élaboration des connaissances, il appartient aussi aux organismes de recherche d'œuvrer à la mise en place de méthodes pédagogiques, basées tant sur l'observation que sur l'expérimentation, pour promouvoir la science auprès du plus grand nombre et particulièrement du jeune public.


Les NTIC(5), vecteur privilégié de promotion de la science

Encourager la démarche citoyenne en étant en mesure de répondre aux questions de toute personne soucieuse de mieux appréhender son environnement socio-culturel constitue l'un des principaux enjeux de la stratégie de communication qui, depuis plusieurs années déjà, se met en place.

Si cette volonté de "médiation scientifique" nécessite la création d'espaces de rencontre et de dialogue avec le public ainsi qu'une politique active de partenariats avec les structures existantes en matière d'enseignement et de culture, elle doit également s'appuyer sur les NTIC.
La percée d'Internet dans les foyers et la nature même de ce nouveau média offrent en effet de réelles perspectives en matière de diffusion de la CST. Les institutions dédiées à la recherche, à l'enseignement et à la culture, souvent parmi les premiers utilisateurs d'Internet, ont commencé à intégrer le réseau dans leur stratégie de communication, à l'image de certains musées ou bibliothèques dont les sites web permettent à un public varié d'accéder à leur patrimoine.

A l'échelle de l'Europe, le plan d'action "Science et Société" publié par la Commission Européenne met l'accent sur le développement de produits multimédias et de méthodes pédagogiques plus attrayantes - notamment par l'utilisation des NTIC - pour sensibiliser le jeune public à la démarche scientifique et susciter son intérêt.

Encore récente, cette prise de conscience de la nécessité de réconcilier science et société amène nos institutions à reconsidérer les modèles traditionnels de la transmission des savoirs aujourd'hui dépassés par le rythme élevé de l'innovation technologique. Ce processus nécessite cependant l'implication forte de l'ensemble des acteurs et ce à tous les niveaux : européen, national, régional et local. Mais l'enjeu est de taille car il ne s'agit de rien d'autre que de regagner la confiance du public dans le progrès scientifique et technologique.

(1) Voir le Projet d'Établissement du Centre National de la Recherche Scientifique (fév. 2002) et le Contrat d'action pluriannuel CNRS - État 2002-2005, tous deux disponibles sur le site CNRS (http://www.cnrs.fr/).

(2) Voir le Plan d'action " Science et Société " publié par la Direction Générale de la Recherche de la Commission Européenne, disponible auprès de l'Office des Publications Officielles des Communautés Européennes ou sur le site du Service Communautaire d'Information sur la Recherche et le Développement (CORDIS) (http://www.cordis.lu/rtd2002/science-society/home.html).

(3) Qu'il s'agisse de l'industrie, d'ONG (organisations non gouvernementales), comme d'organes représentatifs de la société civile ou des communautés culturelles et religieuses.

(4) Projet d'Établissement du Centre National de la Recherche Scientifique, fév. 2002, p.40.

(5) Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication.

 


La Communauté Urbaine du Grand Nancy

20 communes, 265 000 habitants, un budget 2002 de 448 millions d'euros et une cinquantaine de domaines de compétences, parmi lesquels la culture scientifique et technique.

C'est à ce titre que le Grand Nancy a en charge les trois grandes institutions que sont le Conservatoire et Jardin Botanique du Montet et le Museum Aquarium de Nancy - dont la Communauté urbaine partage la co-responsabilité avec l'Université Henri Poincaré - et le Musée de l'Histoire du Fer, qui possède son propre centre dédié à la culture scientifique et technique. Ces trois institutions sont elles-mêmes mises en réseau avec l'université afin de permettre un meilleur partage des ressources à disposition.

Elément fort de la légitimité des collectivités territoriales, cette compétence dans le secteur de la culture scientifique et technique s'exerce en parallèle du soutien apporté à l'université et la recherche, deux composantes fortement représentées sur le territoire de l'agglomération nancéienne qui compte trois universités ainsi que plusieurs laboratoires de recherche dépendants des grands établissements publics à caractère scientifique et technique (EPST) que sont le CNRS, l'INRA ou l'INRIA.

S'il est important de mettre en place et de développer les moyens d'accéder à la culture scientifique et technique - à l'image des quatre premières cyber-bases qui ont vu le jour dans l'agglomération - il n'en est pas moins indispensable de s'appuyer sur des évènements phares qui fédèrent autant les compétences que le public. Première manifestation de ce type, ExpoNanCiel a ainsi attiré plus de 15 000 visiteurs en quête de savoir.

Prochain rendez-vous en 2005 avec les manifestations prévues dans le cadre du 250è anniversaire de la Place Stanislas.

Directeur de la publication : Raymond Duval
Rédacteur en Chef : Eric Goettmann
Remerciements à Hélène Creusot


INIST-CNRS
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Trimestriel d'information publié par l'Institut de l'Information Scientifique et Technique du Centre National de la recherche Scientifique