"J'ai vu l'Empereur - cette âme du monde - sortir de la ville pour aller en reconnaissance ; c'est effectivement une sensation merveilleuse de voir un pareil individu qui, concentré ici sur un point, assis sur un cheval, s'étend sur le monde et le domine."
Hegel, lettre à Niethammer, 13 octobre 1806.



 


N° 23
mercredi 12 octobre 2001

Hegel, Wachendorff, Haneke :
quand la lettre dit le baiser, la plaie, le sommet


Publication de la Fondation La Poste réalisée en partenariat avec FTPress
Sommaire
Editorial
Editorial
Sommets de l'histoire

A la Une
Martina Wachendorff :
"J'écris pour agrandir ma famille"


"J'ai vu l'empereur, cette âme du monde..."

Plai(nt)e béante
(La Pianiste)


Butinage
Correspondance de Fabre



Sommets de l'histoire, par Sylvain Jouty

Hegel voyait le sommet et même la fin de l'histoire dans l'entrée de Napoléon à Iéna en 1806. L'auteur de la Phénoménologie de l'esprit écrivait en un temps où tout, les gens, les choses, les nouvelles et les lettres, se déplaçait en gros à la même allure, celle que permettait la marche, le trot d'un cheval ou le courant d'un fleuve.

La lettre était donc en accord avec la vitesse globale des choses et, généralement, on apprenait les événements quelques jours, sinon quelques semaines après qu'ils avaient eu lieu. C'est aussi pour cela, peut-être, que l'entrée de Napoléon dans Iéna frappa autant Hegel : il y assistait, lui, le philosophe, en témoin privilégié, alors que de nos jours tout le monde possède ce curieux privilège d'assister en direct aux moments où l'histoire bascule, sans plus guère avoir besoin d'en témoigner par courrier. Pas même les auteurs d'attentats puisque, comme le remarque Martina Wachendorff, ceux-ci ne sont même plus revendiqués.


A la Une - Interview


Martina Wachendorff : "J'écris pour agrandir ma famille"

Martina Wachendorff a publié en août chez Gallimard Le baiser électrique, un roman épistolaire uniquement constitué d'e-mails. Ce n'est certes pas le premier du genre (cf. Correspond@nces n° 16), mais c'est à coup sûr l'un des plus intéressants car il exploite, de manière remarquable, toutes les possibilités du courrier électronique, ses tics, et même ses inconvénients : comme, par exemple, la possibilité d'intercepter le courrier des autres… C'est aussi un livre complexe, polyphonique, où plusieurs échanges épistolaires se poursuivent entre les onze protagonistes, interférant (ou pas) les uns avec les autres. À travers histoires d'amour, jeux d'adolescents ou préoccupations professionnelles, un thème central se dégage. À la suite d'une catastrophe, le dirigeant d'une centrale nucléaire doit se faire discret et part en croisière avec sa famille, accompagné d'un précepteur pour les enfants. Celui-ci est en fait un militant antinucléaire qui réussit à intercepter le courrier envoyé ou reçu par les passagers… Il est chargé d'une mission dont on comprend, peu à peu, l'importance, en même temps que lui-même, n'ayant plus affaire à des symboles mais à des êtres humains, commence à douter…

Martina Wachendorff, installée en France depuis vingt ans, dirige aux éditions Actes Sud les collections "Lettres allemandes" et "Cactus" ; elle a également créé en 1995 les éditions Titanic qui, sans sombrer, ont depuis cessé leur activité. Le baiser électrique est son premier roman.

Correspond@nces. Martina, on vous connaissait plutôt comme éditrice…

Martina Wachendorff. En fait j'ai toujours écrit. D'abord en allemand, des nouvelles, des poèmes, des histoires pour enfants, des projets de roman… Depuis mon arrivée en France, j'ai écrit des nouvelles et des poèmes, mais jusqu'à présent je n'avais jamais terminé un roman en français. Je crois qu'il m'a fallu attendre de posséder une maîtrise suffisante de la langue.

C. Est-ce que vous avez l'impression d'écrire dans une langue étrangère ?

M. W. Non, plus maintenant, mais je suis sans arrêt confronté à mes fautes, à mes difficultés… Je ne me pose plus jamais la question, mais écrire en français est plutôt un avantage, parce qu'il y a un peu de distance : mon problème dans l'écriture, c'est le manque de distance ! La langue interposée fait que je dois plus réfléchir.

C. Le baiser électrique se compose uniquement d'e-mails. Est-ce une idée qui est née au cours de la composition ?

M. W. Non, elle est venue tout de suite, dès le début de l'écriture. J'avais déjà le thème du livre, mais c'est lorsque j'ai découvert le courrier électronique que j'ai compris que l'intrigue était plus crédible avec l'e-mail, puisque Schengen pouvait trouver le moyen de lire le courrier des autres. J'ai commencé à utiliser le courrier électronique en juillet 98, et j'ai commencé le roman six mois plus tard. Il y a eu une double influence entre l'écriture du roman et la pratique du courrier électronique dont je découvrais les possibilités et aussi les inconvénients : par exemple le fait qu'on peut se tromper d'adresse, faire des confidences qui peuvent être lues par d'autres, etc.

C. Il y a aussi plusieurs passages où le roman se distingue encore plus clairement d'un roman épistolaire classique, par des échanges rapides qui s'apparentent à un dialogue…

M. W. Oui, c'est en effet quelque chose que permet le courrier électronique dès lors qu'on possède une connexion permanente : la réponse quasi-immédiate. J'ai essayé de faire en sorte que chaque personnage ait sa propre façon de vivre avec le courrier électronique. C'est une réalité : selon les générations, les gens n'ont pas la même approche, voire le même type d'écriture. Les 40-50 ans ont plus tendance à l'utiliser comme le courrier classique, les jeunes sont plus adaptés à la vitesse et s'éloignent plus aisément des codes épistolaires habituels. Cela dit, il ne me semble pas qu'il existe une différence fondamentale entre la lettre et le courrier électronique. Je l'ai dit à Manosque : une vraie lettre, c'est quand on réfléchit à ce qu'on dit et qu'on s'adresse véritablement à son interlocuteur, avec le soin et le respect que l'amitié ou l'amour exige. C'est possible de multiples façons, et aussi bien par e-mail, ce n'est pas une question de support.

C. Revenons-en au roman. Il y a assez peu d'échanges entre Schengen, le personnage principal, et Romain Isoard qu'il est venu espionner…

M. W. Oui, la confrontation passe toujours par l'extérieur, mais c'est assez logique puisque Schengen dissimule ce qu'il est vraiment. Et indirectement l'existence, la façon d'être de ce type qui est son ennemi mais dont il découvre qu'il est aussi un être humain, l'intrigue et le fait réfléchir. Mais il lui parle rarement, il se méfie, il a peur de lui, il est un peu jaloux.

C. Vous en parlez comme si vos personnages avaient une existence en dehors de votre texte…

M. W. Ce sont des voix qui se sont exprimées, par moi sans doute, mais ce sont désormais de vraies vies, elles ont leur existence autonome, elles s'imposent à moi d'une certaine façon. Je crois que j'écris pour avoir une famille plus large !

C. Même Isoard, le "méchant" de l'histoire, fait partie de votre famille ?

M. W. Oui, d'ailleurs on peut très bien avoir un père, un grand-père, un oncle qui soit quelqu'un de tout à fait sympathique dans la vie courante bien qu'on sache qu'en certaines circonstances il s'est conduit comme un salaud. Cela rejoint ce que disait déjà Hannah Arendt sur la banalité du mal. Au fond c'est un des grands sujets du livre ; pour pouvoir commettre des attentats, il ne faut pas connaître ses victimes. Quant au problème de la violence elle-même, justifiée ou pas, je suis extrêmement indécise. J'ai essayé à travers ce roman de m'en approcher jusqu'où je pouvais.

C. On rejoint là des préoccupations bien actuelles…

M. W. Oui, encore que la réalité soit pire. Pour quelqu'un qui écrit, la question de violence est terriblement fascinante : elle signifie que la parole n'a plus de pouvoir et ne vaut plus rien. Aujourd'hui il n'y a même plus de revendication des attentats. Mes personnages ne sont pas du tout comme ça, ils font un procès, c'est encore la préhistoire d'un État terroriste.

C. Compte tenu de ce qui précède, la fin est presque une happy end. Vous avez hésité ?

M. W. Dans une première version, Schengen avait fantasmé un acte terroriste à partir des mails qu'il espionne. Dans la version publiée, à un moment il commence à mentir, il tombe amoureux, ce n'était pas du tout prévu. Dans l'écriture d'un roman on a envie d'avancer, on en apprend énormément non seulement sur ses créatures, mais aussi sur soi et sur le monde. C'est une expérience essentielle, qui demeure quel que soit le succès ou l'insuccès du livre.

Propos recueillis par Sylvain Jouty

Sommaire

La lettre au cinéma : jusqu'à fin décembre

Le Cinéma des cinéastes inaugure sur ce thème un cycle qui se poursuivra tous les dimanches jusqu'à fin décembre. Nous y reviendrons dans le prochain Correspond@nces.

Cinéma des cinéastes, 7 avenue de Clichy, 75017 Paris,
tél. 01 53 42 40 20.

Programme du dimanche 14 et du dimanche 21 octobre

dimanche 14 octobre

    11 h : Lettres d'amour en Somalie, de Frédéric Mitterrand.
    Des "impressions d'Afrique" épistolaires.

    14 h 30 : Comme une lettre à la poste, de Henri Storck ; Lettre à Jean Rouch et Lettre d'un cinéaste à sa fille, de Éric Pauwels.

    18 h : La lettre jamais écrite, de Dominique Dubost, et Je suis venue te dire, de Laetitia Masson. Séance suivie d'un débat en présence des cinéastes.

    20 h 30 : Une petite cantate, de Nicole Zeizig, et Le temps détruit - lettres d'une guerre 1939-40, de Pierre Beuchot. Séance suivie d'un débat avec les cinéastes et la psychanalyste Nabile Fares.

    11 h : Soccoro Nobre, de Walter Salles, et Les enfants du Borinage, lettres à Henri Storck, de Patric Jean. Dieu, poste restante, Jérusalem, de Frédéric Laffont

    dimanche 21 octobre

    14 h : Lettres d'Amérique, de Gianfranco Pannone.

    17 h 30 : Le tombeau d'Alexandre, de Chris Marker. Six lettres écrites au cinéaste russe Alexandre Medvekine. Séance suivie d'un débat avec le critique François Niney.

    20 h 30 : Lettre, de Alain Cavalier ; Lettre à Freddy Buache, de Jean-Luc Godard ; Letters home, de Chantal Akerman, d'après la correspondance de Sylvia Plath. Séance suivie d'un débat avec Chantal Akerman et les critiques Anne Andreu et Michel Boujut

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    Chaque matin, une lettre… avec Florilettres

    La Fondation La Poste propose depuis le 1er janvier 2001 un service original, baptisé FloriLettres, permettant de recevoir gratuitement chaque matin par courrier électronique une lettre du patrimoine de la correspondance. L'inscription à FloriLettres est gratuite. Cliquez ici.


    Histoire de lettre

    J'ai vu l'Empereur, cette âme du monde…

    Dans la nuit du 12 au 13 octobre 1806 à Iéna, Hegel met le point final à la Phénoménologie de l'esprit dans lequel il expose la science du Savoir absolu et de la domination de l'Esprit qui doit conclure l'histoire. Le lendemain au petit matin, Napoléon envahit la ville qu'il a bombardée toute la nuit. Aussitôt Hegel écrit à son ami Niethammer : "J'ai vu l'Empereur- cette âme du monde - sortir de la ville pour aller en reconnaissance ; c'est effectivement une sensation merveilleuse de voir un pareil individu qui, concentré ici sur un point, assis sur un cheval, s'étend sur le monde et le domine.". Pour Hegel, il ne peut s'agir d'une coïncidence, car si lui-même, par son œuvre, réalise l'absolu en philosophie, il en est de même de Napoléon pour ce qui est de l'action. Et l'entrée de Napoléon dans Iéna est un de ces événements qui "ne se produisent que tous les cent ou mille ans"… Ainsi ce jour-là l'Esprit a réalisé l'absolu, l'histoire est close.

    Cela aurait pu ne rester qu'une curiosité de l'histoire philosophique, qui en compte d'autres. Mais de 1933 à 1939 Alexandre Kojève, philosophe français d'origine russe, a donné à l'École pratique des hautes études un cours sur la Phénoménologie qui aura, parmi ses auditeurs, Georges Bataille, Jacques Lacan, Raymond Queneau et bien d'autres. Et Kojève voit un lien direct entre la fameuse journée de 1806 et l'œuvre de Hegel : "Le Savoir absolu est devenu - objectivement - possible parce que, dans et par Napoléon, le processus réel de l'évolution historique… est arrivé à son terme." Mais Kojève va plus loin en reprenant à son compte dans une note de 1948 le propos hégélien qu'il ne juge nullement dépassé : "[Depuis la bataille d'Iéna] a virtuellement atteint le terme et le but, c'est-à-dire la fin de l'évolution historique de l'homme… Ce qui veut dire pratiquement : - la disparition des guerres et des révolutions sanglantes. Et encore la disparition de la philosophie."

    Si la thèse est fameuse et a, assez récemment, été relayée par l'essayiste américain Francis Fukuyama, inutile de dire que nous en sommes loin...

    S.J.

    La lettre de Hegel

    Iéna. Le lundi 13 octobre 1806,
    le jour où Iéna fut occupé par les Français et où l'Empereur Napoléon entra dans ses murs.

    "Quel souci j'ai dû avoir à propos des envois du manuscrit mercredi et vendredi derniers, c'est ce que vous voyez d'après la date. - Hier soir vers le coucher du soleil je vis les coups de feu tirés par les patrouilles françaises, venant à la fois de Gempenbachtal et de Winzerla; les Prussiens furent chassés de cette dernière localité durant la nuit, la fusillade dura jusqu'après minuit, et aujourd'hui entre 8 et 9 heures pénétrèrent dans la ville les tirailleurs français - et une heure après les troupes régulières. Cette heure fut une heure d'angoisse, particulièrement du fait que les gens ignoraient le droit que chacun possède, d'après la volonté de l'Empereur lui-même, à l'égard de ces troupes légères à savoir, ne pas obtempérer à leurs réquisitions, mais leur donner en toute tranquillité ce qui leur est nécessaire. Beaucoup de gens se sont trouvés dans l'embarras par suite d'un comportement maladroit et par manque de prudence. Cependant madame votre belle-soeur, ainsi que la maison Döderlein, en a été quitte pour la peur et s'en est tirée sans dommage. Elle m'a prié - comme je lui parlais ce soir du départ de la poste - d'écrire à Mme Niethammer et à vous ; elle loge maintenant 12 officiers. J'ai vu l'Empereur - cette âme du monde - sortir de la ville pour aller en reconnaissance; c'est effectivement une sensation merveilleuse de voir un pareil individu qui, concentré ici sur un point, assis sur un cheval, s'étend sur le monde et le domine."

    Hegel, Correspondance, tome I, Gallimard, coll. " Tel ", 1990, pp. 114-115.

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    Billet

    Plai(nt)e béante, par Laurent Carceles

    "Je ne veux pas une lettre.
    Je veux parler."

    Walter à Erika, dans La Pianiste

    Aller voir La Pianiste. En ressortir. Nauséeux. Normal ? Pas normal ? Film sur la musique "classique". Avec de la musique classique. Final : l'héroïne sort de l'Académie de Musique. Une plaie béante au cœur. Générique de fin. Sans musique.

    Division séculaire : les hommes, les femmes. Les hommes ? Attirants. Malades mentaux. Salauds. Les femmes ? Attendant. Malades mentales. Salopes. Qui a rendu qui ? Qui a mis au monde qui ? Erika, catastrophe écologique incarnée. Femme de fer. Froide et sans sentiments. "Casse" ses élèves. Brise les verres. Et les carrières. Professeur de piano. Musique. Lieu étouffant d'émotions. Comme une cabine de ciné porno. Comme l'entrepôt du matériel de hockey. Comme l'appartement de sa mère. Où elle habite. "En vase clos". Puis l'étudiant. Amoureux. Blond. Yeux bleus. Physique de rêve. Réouverture d'une fêlure. Frémissement à la surface. Craquellement. Prince charmant ? Elle refuse. Non. Alors que veux-tu ? Des coups.

    Qui est victime ? Qui est bourreau ? Dans le film : on ne sait pas. Premier pas vers lui : une lettre. La lettre, c'est la charnière. Elle (se) révèle. Il refuse de la lire. Il n'en veut pas. Il la poursuit chez elle. Elle lui redemande de la lire. Il consent. Que dit la lettre ? "Frappe-moi", "écrase-moi", "soumets-moi", "brise-moi". Il refuse. Dégoût. Mais elle veut. Elle le veut ? Elle s'en veut ? Que veut-elle ? La lettre, révélatrice de violence. Violence de Walter. Violence tapie. Qui explose.

    Casser les limites. "Ne te soucie pas de ma mère". Soumise. Etre soumise. Etre forte. La plus forte. Pour tout choisir. Tout contrôler. Quand on a mal. Quand on n'a pas mal. Amoureuse ? Pas amoureuse ? Folle ? Pas folle ? Folle de lui ? Folle de sa mère ? Folle de son père, lui-même fou. Puis mort. Folle de Schubert. Toujours à limite. Limite. Borderline. Juste assez pour vivre dans le monde. Pas assez pour vivre tout court. Elle a ce qu'elle veut, il la frappe. Il a ce qu'il veut, il la baise. Nous, complices voyeurs.

    Sortir du cinéma, cela peut devenir comme sortir d'une pensée. Sortir d'une manière de voir le monde. Si "cela" pouvait être vrai. Nous tournerions la page à ceux qui parlent sans cesse à nos plaies et nos douleurs. Nous nous mettrions à en parler, de ces douleurs, plutôt qu'à les taire ou à les frapper. Puis nous parlerions de couleurs, peut-être. Pour pouvoir enfin, si nous le voulons, passer à autre chose.

    La Pianiste, film austro-français écrit et réalisé par Michael Haneke, d'après un roman de Elfriede Jelinek, avec Isabelle Huppert, Benoît Magimel, Annie Girardot.

    Site : http://www.mk2.com/pianiste/home.html

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    Butinage

    La correspondance de Fabre

    "Vous êtes, vous aussi, fervent admirateur des choses des champs, aussi je me fais un plaisir de vous adresser le dernier paru de mes volumes sur les bêtes. Vous y trouverez en particulier l'histoire du Scorpion languedocien qui nous en apprend de bien étranges sur ses moeurs. La poésie est partout, même dans le terrier d'un Scorpion."

    Lettre à Frédéric Mistral, 23 janvier 1906.

    Jamais le mot "butinage" n'a été si approprié ! Jean-Henri Fabre (1823-1915) fut non seulement un grand naturaliste mais, ce qui est plus rare, un grand écrivain et à vrai dire le seul savant authentique à qui ses qualités littéraires ont acquis la faveur du public : ses Souvenirs entomologiques sont aujourd'hui un classique. D'origine très humble, il vit d'abord de travaux agricoles et c'est en étudiant seul qu'il prépare l'école normale et devient instituteur ; par la suite, son amour inné de la nature l'invite à poursuivre l'étude des papillons et des insectes. Ses textes, d'abord destinés à l'enseignement, ont du succès ; il est nommé en 1852 professeur de chimie à Avignon et enfin, en 1879, il se retire au domaine de l'Harmas, à Sérignan du Comtat, où il restera jusqu'à sa mort. Fabre a aujourd'hui son site, très riche, et, pour notre bonheur, il comprend nombre de textes inédits, et en particulier des lettres, de lui bien sûr, mais aussi de Charles Darwin ou de Stuart Mill, dont plusieurs sont inédites.

    http://www.e-fabre.com/index.htm

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    Agenda

    Théâtre

    Correspondances en Méditerranée, Lettre de Élise M., de Louise Doutreligne, mise en scène Jean-Luc Paliès.
    Centre des Bords de Marne, 2, rue de la Prairie, 94170 Le Perreux sur Marne, tél. 01 43 24 54 28, du 10 au 14 octobre à 20 h 30.

    Lettres de Marie Mattei à Théophile Gautier, avec Marie-José Nat. Auditorium de Pigna, Festivoce, Piazza a Ghjesgia, 20220 Pigna, tél. 04 95 61 73 13. Le 19 octobre à 21 h et le 20 à 18 h 30.

    La Poste populaire russe, d'Oleg Bogaev, mise en scène Urzula Mikos, avec Yves-Robert Viala et Isabelle Adam. Un vieux retraité s'écrit des lettres à lui-même…
    Proscénium, 2, passage du Bureau, 75011 Paris, tél. 01 40 09 77 19, jusqu'au 28 octobre.

    Lectures

    Lettres de prisonniers, par les membres du Jeune Théâtre National,
    dans le cadre du Salon du livre d'histoire.
    Archives nationales, 60 rue des Francs-Bourgeois, 75004 Paris, tél. 01 40 27 62 97, le 19 octobre à 18 h 30, les 20 et 21 octobre à 21 h 30.

    Programme complet du salon : http://www.dansleposte.com/.

    Musique

    Chostakovitch en lettres et en notes. Mise en scène Philippe Delaigue, avec Yves Barbaut et le Quatuor Debussy.
    Théâtre 71, Scène Nationale, 3, place du 11 Novembre, 92240 Malakoff, tél. 01 55 48 91 00, les 23 et 24 octobre à 20 h 30, le 25 à 19 h 30.

    Spécial Lire en fête du 19 au 21 octobre

    Du 19 au 21 octobre, la lecture est à l'honneur avec la treizième édition de Lire en fête, une manifestation dont l'importance ne cesse de grandir, à tel point qu'il devient difficile d'en faire le tour.

    Le site de Lire en fête : http://www.lire-en-fete.culture.fr/.

    La Lettre dans tous ses états, lectures. Librairie Hervieu, 7, rue E. Denis, 61200 Argentan, tél. 02 33 67 09 78, les 20 et 21 de 15 à 18 h.

    Lettre d'une inconnue, d'après Stefan Zweig, par Isabelle Bouhet. Maison des associations, rue René Descartes, 86220 Ingrandes-sur-Vienne, tél. 05 49 02 01 14, le 20 à 20 h 30.

    Bernard Jeunet, l'Art et les Lettres. Exposition d'art postal. Galerie Clémenceau, rue Georges Clémenceau, 85400 Luçon, tél. 02 51 56 10 09, du 19 au 21.

    Lettres et journaux intimes. Lecture, conte, jeux-concours. Culture et Bibliothèque pour Tous, 11, rue René Raban, 27360 Pont-Saint-Pierre, tél. 02 32 48 04 46, du 19 au 21.
    Correspondance théâtralisée à partir de textes de Pérec, Kafka, Rimbaud, Van Gogh. Bibliothèque municipale, 5, avenue Couaillac, 33810 Ambès, tél. 05 56 77 02 69, le 20 à 18 h 30.

    Exposition sur la correspondance, spectacle et lectures par le théâtre de la Cheminée et le théâtre du Doigt dans l'oeil. Araules (43200), du 19 au 21.

    Lecture-spectacle à partir des lettres de Cocteau à Jean Marais. Médiathèque municipale, 14 avenue Jean Macé, 69150 Décines, tél. 04 72 93 30 10, le samedi à 10 h 30.

    Ateliers pour enfants sur le thème de la correspondance. Grazac (43200), du 19 au 21.

    Correspondance et voyages, écrivains à bord des paquebots et transatlantiques.
    Maison du Bailli, 26230 Grignan, tél. 04 75 46 57 16, jusqu'au 30 novembre.

    Correspondance, littérature épistolaire et art postal. Exposition de l'atelier d'art plastique et présentations d'ouvrages épistolaires. Bibliothèque municipale, Espace Intergénérations, 7 rue des Écoles, 35340 Liffré, tél. 02 99 69 36 91, jusqu'au 20.

    Il était une fois... la correspondance. Exposition. Panissières (42360), tél. 04 77 28 79 73, les 20 et 21 de 14 à 18 h.

    Correspondances : les lecteurs usagers des bibliothèques sont invités à répondre à une lettre mystérieuse glissée dans le livre ou le disque emprunté ; ces lettres seront lues le 20 par des comédiens. Dans toutes les bibliothèques de Strasbourg, dont la Bibliothèque municipale Strasbourg Robertsau, 2, rue Mélanie, 67000 Strasbourg, tél. 03 88 41 98 62.

    Timbrés d'écrit, exposition, atelier d'art postal et lecture spectacle pour les enfants. Bibliothèque municipale, 72 route de Vienne, 69320 Feyzin, tél. 04 78 67 60 88, le 20. Exposition d'art postal tout le mois d'octobre.

    Exposition d'art postal dans les dix librairies anciennes de la ville.
    La Charité-sur-Loire (58400), tél. 03 86 70 18 99, du 19 octobre au 19 novembre.


    A nos lecteurs

    Le principal rôle de La Poste est de distribuer le courrier. Sa Fondation en revanche souhaite le conserver… Si vous avez en votre possession des lettres de personnes célèbres, des lettres ayant un intérêt historique ou documentaire, nous vous invitons à nous contacter.

    Sylvie Pélissier, Déléguée générale de la Fondation.

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    É-crivez nous !

    Vous connaissez un livre, un site, un événement original en relation avec la correspondance. Vous voulez réagir à un article, nous envoyer un texte, un billet, un poème, une lettre ? A vos plumes ! Merci de nous préciser si vous acceptez que vos messages soient publiés et signés (éventuellement, sous un pseudo).

    Dernières parutions

    Romans, fictions

    Claude-Prosper Jolyot de Crébillon, Lettres athéniennes, extraites du portefeuille d'Alcibiade. Le dernier roman épistolaire du maître du conte licencieux est en même temps une fiction philosophique. Nizet, 468 p., 200 F.

    Georges Simenon, Menaces de mort. Émile Crobois a reçu une lettre anonyme le menaçant de mort. Maigret s'occupe de l'affaire…
    Omnibus, 60 F.

     

    Catherine Clémenson, Intime connexion. Un premier roman dont l'intrigue repose sur l'usage du Minitel rose.
    Maurice Nadeau, 200 p., 98 F.

    Antonio Soler, Les danseuses mortes. Dans l'Espagne des années soixante, un jeune adolescent reçoit des lettres de son frère qui travaille à Barcelone.
    Albin Michel, 338 p., 130 F.

    Jill Dawson, Fred et Edie. En 1922, à Londres, Edith Thompson et Frederick Bywaters sont condamnés à mort pour le meurtre du mari d'Edith sur la foi de leur correspondance et de la personnalité peu conformiste de la jeune femme. Malgré d'intenses protestations (dont celle de Virginia Woolf), ils seront pendus l'année suivante.

    Patricia Reznikov, Juste à la porte du jardin d'Eden. L'héroïne est sous le charme d'un vieux poète avec lequel elle entame une étrange correspondance. Un deuxième roman. Mercure de France, 300 p., 121,35 F.

    Françoise Lefèvre, L'offrande. Une femme revit la passion et l'éloignement avec l'homme de sa vie à travers leur correspondance amoureuse. L'auteur a reçu le grand prix des lectrices de Elle en 1974. Éditions du Rocher, 184 p., 104,95/16 €.

    Benjamin Tammuz, Le minotaure. Un amour obsessionnel et meurtrier entre un agent secret et une jeune fille, qui se manifeste d'abord par un torrent de lettres. Le Serpent à plumes, 232 p., 42,64 F/6,50 €.

    Correspondances

    Annabel Buffet, Post-Scriptum. Une longue lettre d'adieu envoyée au peintre décédé par sa veuve, elle-même écrivain. Presses de la Cité, 170 p., 91,33 F/14 €.

    Ian Gibson, Lorca-Dali, Un amour impossible. Basé sur la correspondance de Dali, la relation de la relation "érotique et tragique" qui a lié le peintre et le poète et qui, selon l'auteur, aurait eu pour conséquence d'entraîner Dali dans la folie. Stanké, 144,31 F/22 €.

    Religion, philosophie

    Saint Bernard de Clairvaux, Lettres. Tome 2, lettres 42-91. Éditions du Cerf, coll. " Sources chrétiennes", 532 p., 236,14 F/36 €.

    Divers

    Claudio Monteverdi, Correspondance, préfaces, épîtres dédicatoires. Pierre Mardaga, coll. "Amicus", 286 p., 360 F.

     

    Poches

    Gustave Flaubert, L'homme-plume. Un choix de 26 lettres parmi l'"hénaurme" correspondance de l'écrivain. Mille et une nuits, 112 p., 12,80 F/1,95 €.

    Enfants, jeunesse

    Evelyne Brisou-Pellen, Les disparus de la malle-poste. En 1794, une malle-poste arrive au relais sans passagers, et sans le courrier confidentiel sur le mouvement des troupes qu'elle contenait…
    Gallimard Jeunesse, 196 p., 32,50 F.

    Fabrice Colin, Les enfants de la lune.
    Sous l'Occupation, le jeune Adrien récupère un message destiné à son grand-père, décédé dix ans auparavant…
    Mango, 230 p., 59 F.

    Sommaire

    LIRE EN FÊTE : 19, 20 et 21 octobre 2001

    A l'occasion de Lire en Fête
    (http://www.lire-en-fete.culture.fr/lire2001/index.html),
    le site Internet Fondation la Poste propose deux animations, l'une avec IDLivre (cf. Correspond@nces du 13 septembre), l'autre avec FloriLettres.

    A partir du 8 octobre, nous envoyons chaque jour aux abonnés de FloriLettres une lettre issue de la correspondance inédite de Xavier Bazot et Georges Merillon, et de la correspondance inédite de Arnaud Cathrine et Olivier Adam.
    Ces textes épistolaires ont été écrits pour Lire en Fête.

    Xavier Bazot, écrivain, Tableau de la Passion, POL, Stabat Mater, Le serpent à plumes).
    Georges Mérillon, écrivain et poète, dernière parution : Avoyance, Tarabuste.
    Arnaud Cathrine, écrivain, Les yeux secs 1998, L'invention du père, 1999, Mon démon s'appelle Martin, 2001, La Route de Midland, 2001, Verticales.
    Olivier Adam, écrivain, Je vais bien, ne t'en fais pas, roman, Le Dilettante 2000 et Pocket 2001) - A l'Ouest, roman, L'Olivier 2001.

    Sommaire

    Dans la Boitimelle de Correspondances

    Variations factorielles

    "Le facteur est celui qui fait, qui crée quelque chose", nous dit monsieur Robert.

    Alain Rey renchérirait en nous précisant qu'au 16ème siècle, ce mot désignait l'écrivain, l'artiste et même le Dieu créateur.
    Aujourd'hui, s'il est moins artiste et plus livreur, il n'en est pas moins faiseur.
    Non un factotum, homme à tout faire, mais un tisseur de liens, un acteur majeur de la couverture sociale...
    Un messager qui, par tous les temps, livre des plis afin que les gens ne se froissent. A pied, en vélo, en auto, ce chevalier des temps rustiques colporte dans les coins les plus reculés des secrets qu'il ne verra jamais.
    Qu'importe !
    Le contenant est souvent plus important que le contenu : Il est parfois attendu comme le messie, non pour la missive ou le colis qu'il remet mais par le cadeau de sa seule présence. Il est le soleil de bien des matins gris. Il montre le chemin aux perdus des fins de terre.
    Alors, point de calcul déplacé sur la rentabilité de l'espèce : il faut protéger cet acteur au cachet modeste, ce musicien qui compose une petite musique sociale pour un grand public conquis.
    Il faut compter sur le facteur humain !

    Agent conservateur X42
    22092001


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