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Mercredi 23 aout 2000
Désormais, pour faciliter votre lecture, nous avons mis en place
sur le site commissairetristan.com un système de lien pour tous les
personnages du roman : si vous cliquez sur un nom, s'ouvrira une petite
fenêtre qui vous présente un mini-portrait du personnage.
Chapitre 23 Marchez sur des
oeufs
Chemise rose,
bretelles mauves à papillons multicolores, cravate grenat : on sent
tout de suite que la charte graphique d'Antoine annonce le printemps. L'a
pourtant une petite tronche en biais qui ne me dire rien qui vaille. Je
suppose que ma photo à Bagatelle avec MafiaGirl doit faire du yo-yo entre
son estomac et son gosier. Moi, tromper sa fifille chériiie avec une
gourgandine de la DGSE ? Jamais. - Alors, vous en êtes où
? Antoine, c'est l'anti-Lapaire. Autant l'un fait dans circonlocution
dégoulinante, autant l'autre est sec comme du nougat. - Nous avons un
mort (Igor Landzincky), deux meurtres (Josiane Landzincky et, maintenant
la marquise de Lamendon-Bossac), plus un suicidé : le directeur de la
banque de France. - Je suis au courant : la brigade financière épluche
ses comptes. Des trous comme des citrouilles. Mais d'excellents
placements. On devrait pouvoir récupérer une partie de nos billes. Des
suspects pour les deux meurtres ? - Oui, Monsieur le Ministre. Mais
seulement des suspects. Tout semble d'ailleurs tourner autour d'un suspect
de poids. - C'est à dire ? - La société IMB et son tout-puissant
directeur, Aloysius Michael Smart. - Aloysius ? Je le connais bien.
Alors, un conseil : marchez sur des oeufs. Il est copain comme cochon avec
Jack et déjeune souvent avec le Premier Ministre. C'est un dur. Je sais de
longue date qu'il roule sur la ligne blanche, mais de là à l'inculper pour
homicide, prudence ! - Mais je suis prudent, Monsieur le Ministre. -
Si vous étiez prudent, vous ne vous feriez pas photographier en public
avec la première venue. Nous y voilà. Celle-là, je la sentais venir
grosse comme une navette spatiale ! - Franchement, mon petit Tristan,
est-ce que je me fais photographier avec Mathilde, moi ? Suivez mon
exemple : achetez-vous un grand bureau ! Merde, on n'est pas plus cons que
ces connards d'amerloques ! L'histoire du bureau, on l'avait inventé avant
Clinton, non ? - Oui, Monsieur le Ministre. - Écoutez, Tristan, je
ne suis pas un moraliste du cul. Et, même si j'aime ma fille - et que ma
fille vous aime -, Dieu m'en garde, je ne vous ferai jamais le coup de la
braguette interdite. Votre Durandal, vous la collez à qui vous voulez et
quand vous voulez. Mais, de grâce, soyez discret ! Faites-les venir chez
vous en consultation privée. Vous leur montrez votre collection de
bretelles (par exemple) et, hop, par ici le plumard. Compris ? - Reçu
5/5, Monsieur le Ministre. - Bien. Juste un dernier truc : c'est quoi
cette enquête que vous diligentez sur mes hauts faits et gestes ? Vous
auriez peut-être pu m'en parler, non ? Rien ne lui échappe à ce vieux
lion ! - Je suis persuadé que les attentats répétés dont Odile a été
la victime sont dirigés, en fait, contre vous. On veut vous blesser dans
ce que vous avez de plus cher : votre fille. J'en ai déduit que, parmi
tous les criminels que vous avez mis à l'ombre, certains avaient l'âge
d'Odile. Et qu'ils ont laissé, derrière eux ou elles, qui un frère, qui un
père, voire un ami, lequel ne reculera devant rien pour se venger. Ou qui,
pire encore, aura commandité un tueur pour accomplir son forfait. Et tant
qu'on n'aura pas démasqué ce ou ces coupables, la vie d'Odile tiendra à un
fil. Je marque un temps, puis : - Effectivement, Monsieur le
Ministre, j'aurais pu vous en parler. Mais n'avez-vous pas suffisamment
d'occupations ? Et puis, je suppose qu'avec tant d'exploits, vous en avez
certainement oubliés quelques-uns en route. Il me les fallait tous - et en
détail. Les yeux du vieux lion me transpercent de père en part : -
Vous avez bien fait, finit-il par avouer. Mais ne vous contentez de
démasquer ce coupable. Vous me comprenez à demi-mot ? - Cas de
légitime défense, comme avec Igor, lui confirmé-je avec une certaine
ironie. - Voilà. Dans tous les cas de figure justiciables, il faut
choisir le pire. Bon, je pars pour quelques jours avec le patron de la
Direction de la Sécurité des Systèmes d'Information française pour une
nouvelle réunion du G8 sur la cybercriminalité. Mais comme la plupart des
entreprises se refusent à devenir des "auxiliaires de police" (et je les
comprends), comme dab, on fera chou blanc. Même si Bill Clinton n'a jamais
tant parlé de la sécurité sur Internet, on peut craindre, quoi qu'on
fasse, qu'il existera toujours des "cyberhavres", un peu comme il existe
déjà des paradis fiscaux savamment utilisés par les mafias. Tant de
naïveté me confond, m'enfin ! On va déjà essayer de bien balayer devant sa
porte... Et au moment de me raccompagner jusqu'à icelle, il me glisse
: - Si vous avez deux ou trois heures à perdre, on ne sait jamais ?
faites un saut jusqu'à cette adresse...Je crois qu'on vous y attend avec
impatience. Et il me refile paternellement l'adresse
d'Odile.
En sortant, la troublante Mathilde me jette un regard
en coin que j'interprète comme une interrogation non déguisée. J'ai encore
son "C'est quand vous voulez", dans le tréfonds de mon oreille sensible,
qui bourdonne comme un moustique impudent. Et, curieusement, dans l'autre
oreille, chantonne le conseil ministériel : "Votre Durandal, vous la
collez à qui vous voulez et quand vous voulez." Cartésien comme je vous
soupçonne de l'être, cette compatibilité vous aura sauté aux yeux. Mais
c'est l'image d'une Mathilde à croupetons sous le bureau d'Antoine qui
m'arrête. Non pas, au grand jamais, que les fellations à la sauvette
m'indisposent, mais le coeur n'y serait pas. Et puis, le vieux lion
finirait pas le savoir. Même si le risque me stimule, la prudence me
contient. Donc, je passe devant elle, convivial en diable, comme si sa
statuaire me laissait indifférent. Évidemment, si demain je la retrouvais
allongée en travers de ma porte, je lui porterai secours. "Ah, pour être
un bon flic, on en est pas moins homme !" comme dirait mon copain
Tartuffe.
A la brigade, Miss Buste paraît plus excitée qu'un
colibri. Je m'informe, à toutes fins utiles, au cas où elle aurait
encore mangé un message : - Du nouveau ? - Oh oui ! Vous aviez
raison à propos de l'inspecteur Darta. Je crois que je suis vraiment son
genre... - Du genre féminin, alors ? - Il m'a invité à déjeuner !
- Excellent ! N'oubliez pas de mettre vos jolis seins dans l'assiette
: ça ouvre l'appétit ! - Mais non, c'est sentimental ! C'est fou ce
qu'il est sensible, Emile ! - C'est un tendre. Mais, si vous savez
vous y prendre, je crois qu'il pourra devenir dur au bon moment ! -
Oh, vous m'agacez ! Vous les sentiments, c'est comme si c'était de l'eau
de boudin ! Tiens, on ne me l'avait jamais sorti celle-là. Après tout,
la bouillie pour les chats ou l'eau de boudin, c'est kif-kif bourricot. Je
préfère encore l'expression de François-René : "Je portais mon coeur en
écharpe". Mais bon, Marianne, avec ses super-lolos, l'écharpe, c'est du
luxe ! Pendant que je vous fais un brin de révision culturelle, passe
Bouzin, plus affairé que jamais. Je l'interpelle : - Ronald, tu as une
seconde ? - Ça urge, Commissaire ? - Une cassette vidéo à
visionner. - OK. On y va. Ça me changera un peu des disques durs. Je
le rappelle discrètement à l'ordre : - Ne parle pas de disques durs
devant Marianne : elle n'aime que les disques sentimentaux.
*

A
suivre ...
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