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mot du captain |
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De
la tour aux réseaux
A
cette époque, les hommes ne parlaient qu'une seule
langue et purent s'entendre pour construire une tour qui escaladait
le ciel. Ce que voyant le Seigneur, inquiet de cette audace,
brouilla les langues, et les hommes se dispersèrent
sur toute la surface du globe. Or, voici que Babel se reconstruit
au pays dit virtuel d'Internet, sous la forme non plus de
la tour, mais du réseau - et pourtant, à nouveau,
la constitution d'une langue unique, porteuse d'un esprit
unique, est sujette à caution. D'abord, ce fut l'échec
des traducteurs automatiques, qui font aujourd'hui la risée
de tous. Au rêve de la traduction automatique, incapable
à ce jour de surmonter les ambiguïtés des
langues, se substitue aujourd'hui la traduction
assistée par ordinateur qui ne saurait faire l'économie
des compétences ; aussi voit-on se lever une armée
encore mal connue de traducteurs, qui mettent gracieusement
leurs compétences au service de la nouvelle Babel,
pour opposer à la "mondialisation", "l'altermondialisme".
Captain
Doc a rencontré trois de ces soldats de la traduction,
qui, comme le dit Fabien Granjeon, "considèrent
leur travail comme une activité politique à
part entière et non comme un simple service rendu à
une cause". Relevons aussi d'autres projets de lexiques
et index, comme Rinoceros
qui dépend du réseau Ritimo
(réseau français de 40 centres de documentation
pour le développement et la solidarité internationale).
Ces ouvriers de l'ombre savent que la traduction n'est pas
un simple média indifférent et automatisable,
et qu'au contraire c'est là que la diversité
humaine se montre irréductible. Julien Green qui fut
son propre traducteur (notre biblionet) observait avec un
étonnement toujours renouvelé qu'on ne pense
pas de même en français et en anglais, quand
bien même on maîtriserait également ces
deux langues, et que les langues ne sauraient se mouler ou
se couler les unes dans les autres. Traduire, ce n'est donc
pas faire un passer un message d'un média dans un autre,
mais passer d'un monde à un autre, exercice infiniment
plus acrobatique et, à proprement parler, discutable.
Ainsi
la traduction, exercice difficile et irréductible à
toute machinerie linguistique, donne au terme de virtualité,
tant galvaudé sur Internet, tout son sens, comme le
soulignait Paul Valéry lorsqu'il méditait sur
sa traduction de Virgile : "le travail de traduire
mené avec le souci d'une certaine approximation de
la forme, nous fait en quelque manière chercher à
mettre nos pas sur les vestiges de ceux de l'auteur ; et non
point façonner un texte à partir d'un autre
; mais de celui-ci, remonter à l'époque virtuelle
de sa formation, à la phase où l'état
de l'esprit est celui d'un orchestre dont les instruments
s'éveillent, s'appellent les uns les autres, et se
demandent leur accord avant de former leur concert. C'est
de ce vivant état imaginaire qu'il faudrait redescendre,
vers sa résolution en uvre de langage autre que
l'originel."
Le
captain
©
A. S., Captain Doc, Avril 2003 |
Sommet mondial sur la société
de l'information - Genève, déc. 2003.
INFOSITE
AGENDA
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Militantisme
et traduction sur Internet
Entretien
avec Fabien Granjon, Jean-Pierre Schermann et Stéphanie
Marseille.
La
traduction présente des enjeux considérables pour
l'accès aux documents sur Internet et pour la circulation
des savoirs. De fait, la traduction sur Internet est incontournable
dans le cadre des échanges internationaux et notamment
des activités militantes. Pour comprendre ces enjeux, Captain
Doc a rencontré trois acteurs qui s'inscrivent, à
divers titres, dans le contexte du développement des nouvelles
formes d'engagement :
Fabien Granjon, chercheur au sein du laboratoire Usages-Créativité-Ergonomie
de France
Télécom Recherche et Développement. Il
travaille sur les usages
militants d'Internet et a publié en 2001, aux éditions
Apogée : L'Internet militant. Mouvement social et usages
des réseaux télématiques.
Jean-Pierre Schermann, chercheur en physique des lasers à
l'Université
Paris 13, et traducteur sur Internet bénévole
;
Stéphanie Marseille, journaliste, interprète-traductrice
bénévole et une des coordinateurs du réseau
international d'interprètes et traducteurs, Babels.
Captain Doc : Fabien Granjon, vous étudiez les mouvements
altermondialisation. Comment ces mouvements internationaux traitent-ils
la question de la traduction ?
Fabien
Granjon : Pour le mouvement altermondialisation, la circulation
de l'information au sein des différents réseaux
militants qui le constituent est une nécessité primordiale.
Ces nouvelles formes de critique sociale s'opposent à une
série d'acteurs comme les institutions financières
internationales (OMC, Banque mondiale, FMI...) dont la domination
s'appuie sur une expertise forte. Aussi, les militants altermondialistes
sont amenés à développer une importante contre-expertise.
Celle-ci circule ensuite sur Internet (sites Web, listes de diffusion,
lettres d'informations). L'association ATTAC
qui se définit comme une structure d'éducation populaire
tournée vers l'action est emblématique de cette
démarche. Elle dynamise la diffusion du savoir militant
en faisant circuler un nombre impressionnant de documents très
variés qu'elle propose en plusieurs langues. La traduction
concerne aussi les informations liées à la mobilisation
de l'action, qu'elle soit locale, nationale ou internationale
(e.g. l'organisation du contre-sommet
du G8 de juin 2003). Cette forte intrication des réseaux
techniques et des réseaux de militants permet des initiatives
originales comme la constitution d'une plate-forme de traducteurs
d'une grande efficacité : "coorditrad" qui, sans
être nécessairement des militants d'ATTAC, proposent
toutefois de mettre leurs compétences spécifiques
au service d'une cause politique.
CD. : Comment, concrètement, cette participation s'organise-t-elle
?
Fabien
Granjon : Lors des grandes mobilisations (forum social mondial
FSM, forum social européen FSE...), Attac-info s'appuie
par exemple sur une équipe composée à la
fois de rédacteurs et de traducteurs lui permettant de
produire et de mettre en ligne quotidiennement une grande quantité
d'information en plusieurs langues. Les rédacteurs ne sont
pas organisés en pools nationaux mais en équipes
regroupant tous les individus maîtrisant une même
langue (portugais et brésiliens, espagnols et latino-américains...).
Parmi la production de chacun de ces groupes, les textes les plus
intéressants sont sélectionnés puis traduits
rapidement par des individus qui peuvent se trouver à des
milliers de kilomètres des rédacteurs. Internet
offrant la possibilité d'une répartition du travail
dans le temps, dans l'espace et entre les individus, le couplage
militants-rédacteurs/traducteurs est ici vraiment très
efficace. Il permet une large propagation de l'information et
contribue à pallier les problèmes linguistiques.
CD. : Comment ces traducteurs envisagent-ils leur travail ?
Fabien
Granjon : Il est frappant de constater que certains d'entre
eux considèrent leur travail comme une activité
politique à part entière et non comme un simple
service rendu à une cause. On assiste, dans ce cas, à
une politisation de l'activité de traduction. Internet
permet un investissement à la carte, à partir de
compétences-ressources particulières, qui, dans
certains cas, peut se transformer en véritable engagement.
Captain
Doc : Jean-Pierre Schermann, vous êtes traducteur pour les
réseaux Coorditrad et Babels. Comment s'organisent les
traductions sur Internet ?
Jean-Pierre
Schermann : Je suis traducteur bénévole, mais
non-professionnel, pour Coorditrad depuis deux ans et je participe
à la mise en place de Babels,
qui fonctionne depuis le forum social européen de Florence
2002. Je traduis le plus souvent des articles anglais en français
et français en anglais (mais il m'est également
arrivé de traduire des cassettes audiovisuelles telle que
celle d'une conférence de Noam Chomski au Forum
Social Mondial à PortoAlegre pour les sous-titres).
Je reçois des textes à traduire par mail toujours
très clairs, par exemple: "Qui peut traduire ce texte
en anglais de 743 mots pour samedi? Ci-dessous le début
du texte. Cordialement". Si je choisis l'article, je m'engage
à le traduire et à respecter les délais demandés.
En général, il s'agit de textes de 2000 mots au
total par traducteur. S'ils dépassent 2000 mots, ils sont
le plus souvent partagés entre plusieurs traducteurs par
tranche de 2000 mots. Quand les articles sont trop techniques
ou quand des passages nous semblent intraduisibles, nous pouvons
faire appel à d'autres traducteurs du réseau qui
vont débloquer la situation ou vont prendre le relais.
J'utilise par ailleurs des traducteurs sur Internet (comme http://www.imf.org/external/np/term/index.asp?index=eng&index_langid=1
ou http://www.agris.be/fr/research/dico.html,
ou http://eurodic.ip.lu/cgi-bin/edicbin/EuroDicWWW.pl),
mais pas de logiciels de traduction automatique, qu'il faut acheter.
Parfois les personnes chargées de coordonner les textes
à traduire nous envoient de nouveaux sites permettant de
traduire des mots techniques (sur des thèmes comme les
retraites, le FMI). L'organisation, dont le responsable est Jean-François
Druhen-Charnaux, est très efficace pour des mobilisations
qui exigent parfois un traitement urgent. Le responsable délègue
à des personnes qui aiguillent les textes à traduire.
Grâce à Internet et cette bonne organisation la traduction
des informations ne pose aucun problème. Le réseau
de traducteurs est composé de militants, mais certains
s'engagent ponctuellement, cessent leur activité et sont
remplacés par d'autres bénévoles.
CD. : Et en ce qui concerne Babels ?
Jean-Pierre
Schermann : C'est un réseau récent et contrairement
à Coorditrad qui est parfaitement huilé, il y a
énormément de débats, qui peuvent prendre
beaucoup de temps. Je prends très peu part aux débats.
Je n'interviens pratiquement pas sur la charte de l'association,
qui constitue pour d'autres une grande aventure. J'ai fait de
l'interprétariat lors du Forum Social Européen à
Florence. Les interprètes étaient accueillis, hébergés
et restaurés. Le matin, nous avions une réunion
pour savoir qui faisait quoi, dans une grande pagaille mais très
sympathique. Comme je ne suis pas interprète professionnel,
j'ai été confronté comme beaucoup d'autres
au problème de la traduction des conférenciers parlant
trop vite ou employant trop de sigles connus de leurs seuls comparses.
Mais j'ai eu beaucoup de plaisir à permettre l'accès
à l'information à tous publics. Babels est encore
une jeune association, et les enjeux liés à son
organisation me font penser à l'histoire des ONG (organisations
non gouvernementales), qui font l'objet d'une professionnalisation.
Personnellement, je fais partie de ceux qui souhaitent rester
à traduire et à interpréter en tant que militant
bénévole, même si je comprends parfaitement
que d'autres enjeux interviennent pour d'autres.
Captain
Doc : Stéphanie Marseille, comment est né le réseau
Babels ?
Stéphanie
Marseille : Babels
a vu le jour après le Forum Social Européen (FSE)
2002 à Florence, où j'étais interprète
volontaire. J'ai rejoint une équipe au départ composée
d'une poignée de militants qui coordonnaient les interprètes
du FSE. A l'heure actuelle, Babels compte plus de 30 membres (dont
15 en France). Nous sommes tous coordinateurs et travaillons par
groupe de travail, grâce aux mailing-lists dédiées.
Mais nous nous rencontrons également. Nous avons la volonté
de fonder un réseau
international et non pas centralisé en France.
CD. : Comment travaillez-vous concrètement ?
Stéphanie
Marseille : Babels fonctionne grâce à cinq groupes
de travail avec des mailing lists dédiées : "genese"
est la première des mailing lists, on y discute de tout
ce qui a trait aux fondements du réseau : charte, documents
de présentation, appels à volontaires. "babels-tech"
s'occupe du site (traduit en cinq langues), des mailing lists,
des questions techniques. "sources" est la liste pour
la recherche d'écoles, d'endroits susceptibles d'avoir
des interprètes potentiels. "puzzle" s'occupe
de la construction et l'animation du réseau. "fse,
g8" sont dédiés à la préparation
de ces événements. Plus la liste internationale
entre les coordinateurs de tous les pays.
Babels a par ailleurs un projet de glossaire militant, sous forme
de document papier, qui vise à aider les interprètes
en cabine lors de conférences. Ce glossaire regrouperait
les mots-clé de thèmes spécifiques et expliciterait
les concepts qui circulent entre les intervenants d'un même
thème. Il devrait relever le défi de la diversité
des thèmes : le droit d'asile, les femmes, l'eau par exemple
et la diversité des acteurs : Médecins sans frontières,
la Croix rouge par exemple.
Nous réfléchissons à la possibilité
de mettre en ligne ce type de glossaire. Doit-il être en
open source ? Comment tisser des liens avec d'autres groupes travaillant
sur des index, des lexiques ?
A l'heure actuelle, Babels se concentre sur deux événements
: le contre-sommet
du G8 de juin 2003 et le FSE de novembre 2003 en France. Un
appel à contribution a été mis en ligne
sur notre site pour trouver 1000 interprètes avant la tenue
du FSE en novembre 2003.
Personnellement, je consacre trois heures de travail par jour
minimum pour Babels.
CD. : Quels sont les enjeux et les limites de la traduction, de
l'interprétation ?
Stéphanie
Marseille : Babels a la vocation de mener une réflexion
sur le rôle des langues dans le cadre des mouvements militants.
On ne peut pas se limiter à une simple traduction quand
on se situe dans le cadre des concepts, qui charrient tout un
contexte socio-culturel national, des pratiques et une vision
spécifiques. Il faut en effet tenir compte non seulement
des grammaires, vocabulaires, syntaxes, mais aussi du sens et
des histoires des thèmes abordés dans les textes
et discours. A mon avis, aucun logiciel de traduction automatique
ne peut remplacer un traducteur, celui-ci peut à la limite
être un outil d'appoint, mais un logiciel ne peut en aucun
cas traduire une vision.
Par ailleurs, les acteurs que nous devons traduire, interpréter
ne prennent pas tous la parole de la même manière
et nous devons prendre en compte les jargons (par exemple les
luttes syndicales), l'histoire des institutions dans leurs pays.
De plus, Babels veut respecter les interprètes, ne pas
se substituer aux professionnels. Les traducteurs-interprètes
ne doivent pas travailler dans n'importe quelles conditions, parce
qu'ils mettent leurs compétences au service d'une cause,
même ponctuellement. Le problème n'est donc pas de
trouver 1000 interprètes, mais d'organiser ces ressources
humaines, de maintenir une qualité de travail.
Enfin, la traduction et l'interprétation sont bien plus
que des services dans le cadre des échanges internationaux,
sur Internet ou en conférences ; elles contribuent à
la circulation des idées entre les mouvements sociaux.
Babels veut participer à la mise en place d'un réseau
d'interprètes sensibles aux thèmes qu'ils traduisent.
Ce qui émerge aujourd'hui dans le cadre des activités
militantes, c'est le besoin de traducteurs-interprètes,
professionnels ou non, sensibilisés aux thèmes à
traduire.
Propos
recueillis par Geneviève Vidal.
©
G.V., Captain Doc, Avril 2003.

Julien
Green : "En anglais, j'étais devenu quelqu'un d'autre."
Julian
Green traduit par Julien Green : Le langage et son double / The
language and its shadow). Seuil, collection Points, 1987, 405 p.
Ce
recueil est un des rares exemples de textes écrits en deux
langues par un même auteur : je dis écrit en deux langues
plutôt que traduit, car l'un des principaux enseignements
de ces articles portant, pour la plupart, sur le bilinguisme, est
qu'on ne pense pas la même chose dans une langue et dans une
autre, et qu'à sujet égal, le propos peut changer
assez profondément. Green, américain né à
Paris, qui a écrit la plupart de ses ouvrages en français,
a pris pleinement conscience de ce problème lorsque la guerre
l'a "exilé" aux Etats-Unis et qu'il entreprit d'écrire
ses souvenirs pour faire connaître à ses compatriotes
le monde perdu de la France d'avant-guerre : il commence la rédaction
en français, puis s'avise qu'il vaudrait mieux les "traduire"
en anglais pour atteindre le public américain et se met à
réécrire, croit-il, le même texte en anglais
; il découvre alors que ce n'est pas le même texte
qui lui vient sous la plume : "je m'aperçus que j'écrivais
un autre livre, un livre si complètement différent
du texte français que tout l'éclairage du sujet était
transformé. En anglais, j'étais devenu quelqu'un d'autre.
De nouveaux trains de pensée démarrèrent dans
mon esprit, de nouveaux convois d'idées se formèrent.
La ressemblance entre ce que j'écrivais maintenant en anglais
et ce que j'avais écrit en français était si
petite qu'on aurait pu douter que ce fût du même auteur."
Lorsqu'un
auteur se traduit lui-même, il constate qu'il ne dit et ne
pense pas les mêmes choses dans une langue et dans l'autre
: "le sujet était bien le même. Le choix des
détails était tout autre". "Il y a une façon
d'aborder un sujet qui est anglo-saxonne, et il en est une autre
qui est française". Ainsi, les traductions qu'on
trouve dans ce recueil, bien qu'elles soient de l'auteur même,
manquent singulièrement d'exactitude, et ne satisferaient
guère un universitaire. Parfois même ce sont des phrases
entières ou des paragraphes qui disparaissent ou sont remplacés
par d'autres, comme si leur validité n'avait plus lieu d'être
dans la langue nouvelle. En effet, "parler une langue, c'est
se prêter à l'influence de toute une race et quelquefois
s'y soumettre. La race anglo-saxonne, à laquelle j'appartiens,
est caractérisée par une extrême réticence
dans l'expression de ses sentiments (...). Le Français n'éprouve
pas les mêmes scrupules à révéler ce
qu'il éprouve. De là une littérature qui a
un caractère fort différent."
Ainsi,
sa conclusion sur la traduction n'est donnée qu'en anglais
: "The difference between a good and a bad translator is
that the bad translator thinks in the language from which he is
translating, whereas the good translator thinks in the language
of his translation." Hasardons-nous cependant à
traduire ce passage, parce qu'il paraît précieux pour
tous les traducteurs :
"La différence entre un bon et un mauvais traducteur
est que le mauvais pense dans le langage qu'il traduit, alors que
le bon pense dans le langage dans lequel il traduit". Mais
tout n'est pas résolu pour autant. Il y a des choses qu'on
ne pense pas naturellement dans certaines langues. La meilleure
traduction prend alors un air "dissonant", comme
Green le dit encore, comme un instrument accordé trop haut.
Comme si l'on forçait la langue à dire des choses
qui ne conviennent pas à son génie.
Ce
débat animait récemment un
forum de latin, où l'on traduisait l'ouvrage d'un autre
américain, le professeur Hale, L'art
de lire le latin, qu'on peut désormais lire en bilingue
sur le net. Ceux qui ont subi l'enseignement du latin à l'école
se souviennent combien fastidieux était l'exercice consistant
à démanteler la phrase latine pour chercher le sujet,
le verbe à la fin de la phrase, etc., bref à imposer
artificiellement l'ordre syntaxique du français à
la phrase avant de chercher seulement à la comprendre. Avec
une telle méthode, impossible de parvenir un jour à
lire le latin dans le texte. Hale propose une méthode bien
plus naturelle : lire la phrase latine dans son ordre propre, et
la comprendre comme la comprenaient les Romains. Maintenant, lire
est une chose, traduire en est une autre. Hale donne l'exemple d'une
phrase de Tite-Live : "Tarquinium moribundum cum qui circa
erant excepissent, illos fugientes lictores comprehendunt"
et propose de la lire dans l'ordre de la phrase, en suivant le dévoilement
des événements. S'il faut donc traduire le texte comme
on doit le lire, il faut alors imiter le style des traducteurs d'autrefois,
qui faisaient du latin en français. Ainsi Nisard, en 1864
: "Tarquin tombe mourant dans les bras de ceux qui l'entourent
; mais les meurtriers, qui fuient, sont arrêtés par
les licteurs". Ou encore Gaston Baillet chez Budé
: "Tarquin tombe mourant dans les bras de son entourage,
tandis que les deux fuyards sont arrêtés par les licteurs".
Au
contraire, une traduction "francisante" dirait : "les
licteurs s'emparent des meurtriers qui prenaient la fuite, cependant
que son entourage soutient Tarquin mourant". Notons que
la traduction récente d'Annette Flobert, aux éditions
Garnier-Flammarion, n'est pas loin de cette version : "Tandis
qu'on s'empressait autour du roi mourant, les licteurs arrêtèrent
les meurtriers qui cherchaient à s'enfuir". Annette
Flobert a en effet voulu réécrire Tite-Live en français
courant, afin d'en ouvrir l'accès au grand public. Sans doute
perd-on beaucoup des effets stylistiques de l'original, cette fameuse
concision latine qui semble courir avec les événements,
et les latinistes seront-ils déçus. Au regard du principe
de Green ce serait néanmoins la bonne façon de procéder.
Ces traductions sont plus conformes au génie de la langue
française, alors que les autres citées plus haut font
un effet étrange de "version latine". Certes, dans
les deux versions, les faits sont les mêmes, mais les styles
fort différents. Là où on a, comme chez Tite-Live
une série d'images, la version Flobert fait de belles phrases
bien frappées, qui relatent les faits tel qu'un Français
les eût perçus. Mais c'est au point qu'on peut se demander
si ce sont bien exactement les mêmes faits : d'un côté,
le Roi tombe dans les bras des gens qui se trouvent là ;
dans l'autre version, "on s'empresse autour de lui",
sans doute pour le secourir. Dans un cas, les assassins s'enfuient,
ils sont déjà loin (illos = les meurtriers, qui fuient...)
et on les rattrape : c'est un récit ; dans l'autre, il sont
arrêtés dès qu'ils "cherchent à
fuir", et la scène peut se contempler d'un coup
d'il : c'est un tableau. On peut se demander si l'élégance
française ne trahit pas quelque peu le mouvement : le contraste
est effacé entre la scène du roi mourant au milieu
de son entourage figé, et la fuite des meurtriers, rattrapés
et appréhendés par les licteurs. Autrement dit, selon
le génie de la langue, les mêmes faits ne sont pas
perçus exactement de la même manière.
Que
faut-il donc faire ? épouser le génie de la langue
de traduction, et traduire comme un français parlerait s'il
pensait et voyait la scène lui-même, ou au contraire
forcer le français à parler et à penser comme
le latin ? Green observe que pour la plupart des ouvrages, il faut
adapter la pensée elle-même à la langue de la
traduction. Mais il y a des exceptions : la plus remarquable est
la Bible, et ce qui fait selon lui la supériorité
de la "King James" en anglais, ou de la traduction de
Luther en allemand, est leur littéralisme, alors que les
messieurs de Port-Royal ont voulu faire parler Dieu comme à
la cour de Louis XIV. C'est ainsi encore que Chateaubriand a traduit
Milton, dans un étrange mot à mot qui rend peut-être
mieux l'étrangeté de l'original; ou, plus près
de nous et plus étrange encore, par son parti pris de rendre
le texte selon l'ordre des mots, Klossowsky Virgile.
La
question est donc très complexe. Lors des débats que
suscita la traduction de Hale, l'un des intervenants voulut y mettre
un terme par cette judicieuse observation : "Le problème
n'est qu'apparent : il y a un sens, des effets stylistiques, une
façon de s'exprimer dans une langue, et ce sens ainsi que
ces effets stylistiques peuvent être rendus tout compte fait
assez fidèlement dans une autre langue par une façon
de s'exprimer autre, mais équivalente". Valéry
disait que traduire, c'est "reconstituer au plus près
l'effet d'une certaine cause, au moyen d'une autre cause".
La traduction est un art, dont on peut dire ce que Baudelaire, génial
traducteur de Poe, disait de la critique : une activité éminemment
subjective, qui, à la limite doit se traduire par la création
d'une nouvelle uvre.
Ariel
Suhamy
A.
S, CaptainDoc, Avril 2003
On
trouvera sur le net un compte
rendu du livre de Green par une spécialiste de la traduction.

Sommet
mondial sur la société de l'information - Genève,
déc. 2003.
Suite
à premier article paru dans le numéro de mars dernier
sur la tenue, en décembre 2003 à Genève, du
Sommet Mondial sur la Société de l'Information, nous
nous proposons de publier chaque mois une brève synthèse
des déclarations adoptées à l'issue des Conférences
Régionales organisées dans la cadre du Comité
de préparation (PrepCom) de ce Sommet.
Première
des conférences régionales préparatoires au
Sommet Mondial sur la Société de l'Information, la
Conférence Régionale Africaine, qui s'est déroulée
à Bamako (Mali) en mai dernier, a abouti à la définition
de certains principes fondamentaux en matière d'accès
à l'information et de valorisation du patrimoine culturel
pour les pays africains.
Au-delà
des déclarations de principes sur la liberté d'expression
et le droit à l'information, les participants à cette
conférence - membres de délégations d'Etats
africains, représentants d'organisations internationales,
d'ONG africaines et internationales ainsi que du secteur privé
et de la société civile - ont souhaité mettre
l'accent sur la promotion de la diversité culturelle et du
plurilinguisme comme moteur du processus de développement
dans la production de contenus. Une contribution de l'Afrique à
la Société de l'Information qui ne peut cependant
s'envisager que dans la perspective d'une réduction de la
"fracture numérique" à travers la mise en
place des infrastructures de télécommunications adéquates.
Une
démarche certes louable mais soumise là encore à
l'établissement de plans de financement et d'investissement
qui devront être soutenus par la communauté internationale,
les institutions financières multilatérales ainsi
que des partenaires tels que la Conférence des Etats Africains,
le G8, l'OCDE ou encore l'Union européenne, afin d'assurer
le développement du service public dans des secteurs clés
comme l'Education ou la Recherche.
C'est dans cette perspective que la Conférence Régionale
Africaine invite l'ensemble des partenaires associés à
la réflexion sur le devenir de la Société Mondiale
de l'Information à optimiser les coûts d'accès
aux technologies afin de définir "les règles
d'organisation du marché de la connexion internationale et
de partage du marché local" (1). Réflexion
qui, pour les Etats africains, doit s'accompagner de politiques
stimulant le développement d'infrastructures. Ainsi, un moratoire
sur les taxes frappant le matériel (hardware et software)
devrait-il voir le jour d'ici à la conférence de Tunis
en 2005.
(1)
Rapport de la Conférence Régionale Africaine pour
le SMSI (Bamako, 28-30 mai 2002), p.7. [trad. de l'anglais].
Le
Rapport de la Conférence Régionale Africaine pour
le SMSI ainsi que de nombreux autres documents sont accessibles
sur
le site de l'Union Internationale des Télécommunications
(UIT).
Eric
Goettmann
©
E.G., Captain Doc, Avril 2003.

INFOSITE
L'Unité
Régionale de Formation et de promotion pour l'Information
Scientifique et Technique de Lyon (URFIST) recense sur son site
un large panel d'outils de recherche d'information sur Internet
allant des moteurs et annuaires généralistes à
des ressources plus spécifiques du web invisible. Une
mine d'informations qui vient tout juste d'être actualisée
par Jean-Pierre LARDY.
http://urfist.univ-lyon1.fr/risi/outils.htm
©
Captain Doc, Avril 2003.

AGENDA
INRS
- Actualités en Prévention
30 juin et 1er juillet 2003 - Palais des Congrès de Nancy.
Pour la deuxième année consécutive, l'Institut
National de Recherche et de Sécurité organise
les journées "Actualités en prévention"
dont l'objectif est de présenter un état des recherches
menées par l'institut et ses partenaires dans le domaine
de la prévention avec pour principaux thèmes :
>
le traitement des déchets,
> les fibres minérales,
> le bruit et la surdité professionnelle,
> le stress au travail
Informations
et programme : sur le site de l'INRS
ou contactez Dominique MUR, INRS, Avenue de Bourgogne - BP 27
- 54501 Vandoeuvre-lès-Nancy cedex
Tél : 03 83 50 20 22 - Fax : 03 83 50 87 82 - E-mail
: actuenprevention@inrs.fr
Inscriptions
(avant le 17 juin 2003) : : http://www.palais-congres-nancy.com/inscriptions/iap.asp
ou auprès de Lorraine congrès - BP 663, 54063
Nancy cedex - France
Sauria Belghachem, Tél : 03 83 36 81 92 - Fax : 03 83
36 81 80
Congrès
inter-associations des métiers des archives, des bibliothèques
et de la documentation
21 et 22 novembre 2003, ENSP de Rennes
Organisé à l'initiative de l'Association des Archivistes
Français (AAF), de l'Association des Bibliothécaires
Français (ABF), de l'Association des Professionnels de
l'Information et de la Documentation (ADBS) et de l'Association
des Directeurs et des personnels de direction des Bibliothèques
Universitaires et de la Documentation (ADBU) dans la perspective
du Sommet Mondial sur la Société de l'Information,
ce congrès inter-associations proposera un espace d'échanges
et de réflexions sur les évolutions des métiers
de l'information.
TIC
et diffusion de la production éditoriale
Organisée
à l'initiative de l'Université Paris 13 Villetaneuse,
une journée d'étude consacrée aux technologies
de l'information et de la communication et à la diffusion
de contenus éditoriaux se tiendra le 15 mai prochain
dans les locaux de l'université. Parmi les thèmes
abordés : les plates-formes de diffusion en ligne (Hachette,
Electre,...), la diffusion du livre français à
l'étranger et les TIC, les modèles économiques
ainsi que l'utilisation éditoriale des TIC aujourd'hui.
Contact
: David DOUYERE - david.douyere@laposte.net
"L'information
: un coût, une valeur"
Inforum 2003 - mardi 6 mai 2003, Bibliothèque Royale
- Bruxelles
L'Association Belge de Documentation (ABD) organise dans le
cadre d'Inforum 2003 une conférence autour du thème
"l'information : un coût, une valeur". Le programme
de cette journée est disponible à l'URL suivante
:
http://abd-bvd.emax.be/documents/inforum2003fr.pdf
Frais
d'inscriptions : gratuit pour les membres, 125 EUR pour
les non-membres, 62 EUR
pour les membres ECIA/VVBAD
Informations
pratiques et inscriptions : inforum@abd-bvd.be
Statut
et propriété des collections en bibliothèque
Mardi 20 mai 2003 - Institut National d'Agronomie, Paris.
L'association
des conservateurs de bibliothèques (ACB) propose une
journée d'étude sur le thème "A qui
appartiennent les collections ? Statut et propriété
des collections en bibliothèque". Au centre des
interventions et débats les questions juridiques liées
à la propriété matérielle des collections
et documents patrimoniaux dans le cadre de l'application des
lois de décentralisation et l'intercommunalité.
Frais
d'inscription : 30 euros pour les adhérents, 50 euros
pour les non adhérents
Informations
et inscriptions : bdupre@ville-caen.fr,
icardo@enssib.fr, claire.vayssade@bnf.fr
Les
enjeux d'XML
Le 3 juin 2003 - Doc Forum, Lyon.
Pour
faire le point sur les évolutions engendrées par
XML dans les pratiques documentaires et, plus largement, dans
les systèmes d'information des entreprises, l'association
Doc Forum organise le 3 juin prochain une journée d'étude
sur le thème : "Les enjeux d'XML : portail, gestion
de contenu, intégration et Web services".
Informations
et programme : docforum@docforum.tm.fr
ou 04 78 29 50 80.
3emes
Rencontres FORMIST
12 juin 2003 - ENSSIB, Villeurbanne.
Les troisième rencontres FORMIST, organisée à
l'initiative du Réseau francophone pour la formation
à l'usage de l'information dans l'enseignement supérieur,
se tiendront le 12 juin prochain à l'ENSSIB autour du
thème "Formation à la maîtrise de l'information
à l'heure de l'harmonisation européenne : problématiques
et perspectives".
Programme
et inscriptions :
http://formist.enssib.fr/412567A0004D098D/Vframeset/rencontres
©
Captain Doc, Avril 2003.

| A nos
lecteurs |
|
Génétique
: voyage au coeur de l'infiniment petit dans l'Est
de l'Ile-de-France
InterEst
est le magazine électronique de la Délégation
Ile-de-France Est du CNRS réalisé par
INIST Diffusion. Il est destiné à faire
connaître aux entreprises (grands industriels ou
PME-PMI) et aux collectivités du Val-de-Marne,
de l'Est de l'Essonne et de Seine-et-Marne les activités
de recherche du CNRS dans leur région, et à
leur permettre de découvrir une chose qu'ils ignorent
peut-être : le CNRS peut les aider à innover.
Chaque
trimestre, un grand dossier illustré fait le point
sur un secteur de recherche dans la région. Après
"Recherche et Industrie automobile" en octobre
dernier, InterEst numéro 2, qui sort le 29 avril,
fait le point sur la recherche en génétique
dans l'Est de l'Ile-de-France.
Génoscope et Généthon à Evry,
Institut Gustave Roussy et Institut André Lwoff
à Villejuif..., InterEst a enquêté
dans les laboratoires du CNRS et interrogé les
chercheurs.
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CAPTAIN
DOC est une publication de l'INIST, réalisée
par FTPress, société de presse et de communication
fondée en 1999 avec le concours de FIST S.A., filiale
de valorisation du CNRS.
FTPress,
société anonyme au capital de 815.000 euros,
14 rue Soleillet, 75971 Paris Cedex 20.
Directeurs de la publication : Raymond
Duval et François
Vadrot
Rédacteur en chef : Ariel
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Rédacteurs : Samuel
Duchay, Geneviève
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Avril, Thérèse Hameau
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