| Le mot du
captain |
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De l'écrit à l'écran,
rupture ou continuité ?
L'objet
de ce numéro de Captain-doc est de s'interroger sur
les rapports complexes de l'écrit et de l'écran. Avec
une audace remarquable, le philosophe Jean-Baptiste
Vico affirmait que la naissance de l'écriture fut contemporaine
de celle de la parole. Affirmation qui n'est pas si
paradoxale si l'on fait avec Jack Goody (notre biblionet)
de l'écriture un procédé avant tout graphique.
La question dès lors n'est plus celle d'un "avant" et
d'un "après" l'écriture, mais de deux directions que
peut prendre la pensée, orale et écrite, "vivante" et
"figée", ou plutôt: fluide et mécanique, l'un empiétant
sur l'autre selon les civilisations, les arts et les
individus. Question rendue encore plus complexe par
l'apparition du cinématographe, qui mit les images
en musique.
Comme le montre Jack Goody dans son ouvrage déjà
classique, La Raison graphique, l'écriture est
fondamentalement un procédé graphique qui a déplacé les
fonctions de l'esprit du monde sonore au monde visuel ; ses
premières utilisations, ce sont le tableau, la liste, le
diagramme, qui représentent la parole sous une forme inconnue
du monde sonore. Dans cette mesure le passage à l'écran
électronique, avec la souplesse de ses manipulations et la
mise à distance de la parole parlée, peut apparaître comme la
forme ultime de ce que l'écriture a apporté à l'esprit. Et
pourtant, beaucoup regrettent non sans raison le geste du
crayon et l'irréversibilité de la page matérielle. Notre ami
Robin Delisle, fervent utilisateur de l'ordinateur dans ses
cours de grec, observait récemment que ses élèves se sentaient
frustrés de n'avoir pas à dessiner eux-mêmes les caractères
grecs.
Si l'écriture a modifié en profondeur la nature de
l'intelligence, le geste graphique n'est-il pas essentiel à la
conception de l'esprit ? Si, comme le déplorait Platon,
l'écriture substitue à la vraie mémoire une simple
remémoration superficielle, que dire alors du clavier, qui
réduit presque entièrement le travail manuel de rédaction, qui
manipule les textes par copier-coller, jusqu'à dispenser de
lire ce qu'on copie ? "L'intelligence, disait Bergson
pour défendre l'enseignement du travail manuel, remonte de
la main à l'esprit". Face à l'intelligence, dont le
développement est indéniablement lié à l'écriture, il y a
l'intuition, qui comme le nom l'indique est visuelle, mais
dans un tout autre genre de vision ;l'invasion de l'écriture
ne lui fait-elle pas écran ? Question qui nous invite à
explorer d'autres domaines d'écriture visuelle où l'image ne
s'efface pas d'emblée derrière la manipulation de symboles
intellectuels : le cinématographe et la photographie. Ce
numéro de Captain-doc mêle le texte à l'image pour tenter
d'explorer les ressources d'un art encore à naître sur la base
du "multimédia". Ainsi, notre article sur Tabou de
Murnau (nous invitons nos lecteurs à le consulter sur le site)
peut être lu "en archipel", chaque page formant un îlot
autosuffisant. Bonnes visio-lectures !
Le captain
©
A.S. Captain-doc, mars 2002 |
De l'écrit à l'écran, rupture ou continuité ?
L'INIST
Accès aux savoirs : de la page du livre à la page-écran
Jack Goody : La raison graphique. La domestication
de la pensée sauvage.
Ecrits sur
de l'eau : Tabou de Murnau
Lettre, mensonge et cinéma : les courts-métrages
de Buster Keaton
Le sens de l'image, ou les relations entre les éléments
d'une image
Le Trésor
de la Langue Française Informatisé
|
L'INISTà l'honneur : Raymond Duval et Marc
Guichard
Captain Doc
reçoit deux membres de l'INIST, l'Institut National de l'Information
Scientifique et Technique, service du CNRS qui met à la disposition
des chercheurs et du public une somme colossale de références et de
documents dans tous les domaines.
Raymond
Duval, nouveau directeur, expose la vocation de l'INIST et les
nouvelles perspectives que la révolution technologique ouvre au
métier de documentaliste, appelé à épauler au plus près les
chercheurs de demain en utilisant les indicateurs scientifiques,
dont nous parle à son tour Marc Guichard, directeur de la
prospective : il présente le portail
Internet de l'INIST et les principaux outils de recherche
"intelligents" développés par l'INIST, Pascal et
Francis.
Accès aux
savoirs : de la page du livre à la page-écran
Propos recueillis par Geneviève Vidal
Docteure en sciences de l'information et de la communication,
Brigitte Juanals est attachée d'enseignement et de recherche
dans l'UFR Communication de l'Université de Paris III-Sorbonne
Nouvelle, chercheure associée aux laboratoires CRIS-SERIES (Centre
de Recherche sur l'Information Spécialisée, SEction de Recherche
sur les Industries Electroniques du Savoir dirigé par Jacques
Perriault) de l'Université de Paris X-Nanterre et CHRIME (Centre
d'histoire et des récits de l'information et des médias-réseaux
en Europe dirigé par Michael Palmer) de l'Université de Paris
III-Sorbonne Nouvelle, auteure du Dictionnaire de l'Internet
et du multimédia bilingue français-anglais, Pocket-Havas Poche,
2000 (co-auteur : James Benenson, ENST).
Dans le secteur de l'édition, Brigitte Juanals s'est spécialisée
dans l'écriture d'ouvrages d'enseignement destinés à un public
d'adultes dans deux domaines, les technologies de l'information
et la linguistique (conception de thésaurus, dictionnaires,
grammaires et méthodes de langues), selon une problématique
unifiée de l'accès à l'information
entre différents supports et dispositifs de communication de
connaissances.
Captain Doc : Pouvez-vous présenter
votre recherche sur l'accès aux savoirs en hypertextes
?
Brigitte Juanals : Tout au long de cette recherche, portant
sur les mutations de l'accès à l'information du livre aux réseaux
hypermédias interconnectés, j'ai interrogé les mutations de
l'accès à l'information et au savoir, du livre aux réseaux numériques
interconnectés, en me plaçant au niveau du lecteur-utilisateur
de ces dispositifs. J'ai choisi de focaliser plus particulièrement
mon analyse sur les conditions de réception faites à ces lecteurs-utilisateurs,
dans leur confrontation avec des dispositifs technologiques
sophistiqués, des espaces virtuels et des interfaces hypermédias
de lecture-écriture. Cela ne signifie pas pour autant que j'ai
occulté les grands déséquilibres géo-économiques des pays dans
leur accès aux réseaux interconnectés.
Pourquoi avoir choisi un tel thème ? Parce que la conservation
et l'accès au savoir constituent des enjeux fondamentaux de
la société dite de communication et d'information telle que
nous la connaissons à l'heure actuelle, fruit d'une longue évolution
depuis les débuts de l'écriture. Au siècle des Lumières, le
projet social de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert était
déjà rendre accessibles "tous les savoirs du monde" à
tous. Rêve et utopie à la fois, la difficulté et l'immensité
croissantes de la tâche étaient déjà décelées et exposées avec
lucidité par Diderot, qui observait que "Tandis que les siècles
s'écoulent, la masse des ouvrages s'accroît sans cesse, et l'on
prévoit un moment où il serait presque aussi difficile de s'instruire
dans une bibliothèque que dans l'univers, et presque aussi court
de chercher une vérité subsistante dans la nature, qu'égarée
dans une multitude immense de volumes".
Internet se présente aujourd'hui comme le moyen permettant,
grâce aux capacités de stockage d'immenses bases de données
numérisées en interconnexion, de réaliser ce rêve fantasmatique
et encyclopédique (dans le sens "qui embrasse l'ensemble
des connaissances") d'une démocratie cognitive, pour un
accès universel aux savoirs. Ces mutations technologiques ont
nécessairement de fortes répercussions, autant économique, sociale
que scientifique ou cognitive, car ces nouveaux outils conditionnent
de plus en plus notre accès à l'information et sont même devenus
essentiels à sa diffusion.
Face aux flux de messages continus, dont les quantités et la
rapidité de transmission sont paradoxalement devenues des handicaps
à leur réception par le lecteur-auditeur-spectateur, les modes
d'accès constituent l'étape ultime et cruciale d'un dispositif
de médiation dont la finalité essentielle est communicative.
C'est ainsi que s'est développée depuis 1995 la "culture de
l'information", formée à partir de l'anglais information literacy,
en référence à la capacité d'organiser et tirer le meilleur
usage possible de l'information. La traduction littérale anglaise
dévoile toute l'importance accordée à cette notion, qui relève
d'une forme d'alphabétisation, donc du rattachement à un apprentissage
de base fondamental pour accéder à la lecture, à l'écriture,
à la culture et à l'intégration sociale en général.
CD : Quelles sont les origines de ce questionnement sur
les pratiques d'écriture/lecture hypermédia ?
B.J.
: L'étude comparative, selon une perspective diachronique, des
espaces de la page du livre et de la page-écran, en tant qu'éléments
essentiels d'accès à l'information, a été à l'origine du questionnement
sur ces pratiques de lecture-écriture dans les espaces numériques.
La notion d'espace graphique a été utilisée pour guider l'analyse
menée au plan de la page du livre et de l'interface graphique
des écrans informatiques ; l'interaction entre pensée et espace
dans des espaces construits a été analysée au moyen de la notion
d'espace graphique, introduite par Jack Goody et reprise par
Roger Chartier. Cette notion a permis de mesurer l'ampleur des
mutations dans la mise en scène de l'information dans des espaces
et sur des supports particuliers, toujours dans une perspective
comparative, de la page du livre à la page-écran. La page, du
latin pagina (1160-1174), vit son premier emploi en agriculture,
dans le sens de "treille" ; au sens figuré, ce terme
signifia ensuite "colonne d'écriture" et par métonymie
"feuillet", dérivé du verbe latin pangere (ficher
en terre). Dans son sens étymologique, la page fait donc intervenir
le champ en tant qu'espace physique organisé et découpé, l'espace
de l'abstraction devenant lui aussi fragmentable en champs :
l'espace physique de la page de l'objet-livre et l'espace sémantique
mis en scène sont indissociables et en étroite interrelation.
Acquise au cours des siècles, la spatialité de l'écriture dans
la page du livre s'est donc progressivement constituée comme
système sémiotique abstrait. Le changement de support a nécessité
une redéfinition des relations entre pensée et espace, et l'interface
utilisateur représente ce nouvel espace sémiotique à construire.
L'objet-livre a disparu et la spatialité de la page sur le support
du livre s'en trouve transposée à l'interface graphique, sur
l'espace de l'écran d'ordinateur. Cette mutation décisive place
le lecteur face à (ou dans) des environnements virtuels qui
sont de nouveaux espaces de lecture-écriture.
CD : Peut-on parler d'un statut d'auteur de la part du
lecteur-internaute ?
B.J.
: L'auteur - emprunt au latin auctor, instigateur ou
conseiller, mot lui-même dérivé du verbe augere, faire
croître, ayant lui-même pour dérivé auctoritas, autorité
- d'un discours est celui qui est autorisé à proposer une vision
particulière du monde qui est la sienne, sur le plan du contenu
et de la structuration de ce contenu dans la visée organisatrice
du discours. La technologie dynamique hypermédia permet-elle
réellement au lecteur de reprendre une partie de l'autorité
organisatrice ? Il est vrai que l'auteur ne dispose plus de
l'autorité suprême totale sur le plan de la structuration du
discours, puisqu'il est impossible d'anticiper toutes les combinaisons
de choix possibles du lecteur, mais cette forme de "liberté
surveillée" génère-t-elle pour autant l'évolution d'une
approche centralisatrice vers une approche décentralisatrice
? La navigation par les liens sémantiques ne va pas forcément
dans le sens d'une autonomisation du lecteur, dans la mesure
où ce type de liens a été prévu par l'instance conceptrice.
En revanche, les possibilités navigationnelles liées à l'hypertexte
total rendent les corpus accessibles en tous points et selon
une multiplicité de critères, que ce soit à l'intérieur d'un
texte par les liens internes, qu'à l'extérieur, par les liens
externes des sites stockés sur des serveurs en réseau, qui repoussent
les limites de l'intertextualité jusqu'à l'extrême stade de
dissolution des textes. Ces spécificités techniques et d'accès
via les interfaces logicielles affranchissent le lecteur d'une
organisation pré-définie en rendant accessibles une infinité
de possibilités de choix de textes, de parcours, de sources
d'information.
Mais les compétences de ce type de lecteur ont évolué : ce n'est
plus un lecteur qui prend connaissance et assimile une partie
des informations proposées au sein d'un contenu pré-sélectionné
et organisé. Non que le lecteur d'un texte ait un rôle passif
; nous avons à l'esprit l'indispensable "initiative interprétative"
du lecteur pour aider le texte à fonctionner, car tout texte
"postule la coopération du lecteur comme condition d'actualisation"
(Umberto Eco, Lector in fabula. Le rôle du lecteur ou
La coopération interprétative dans les textes narratifs).
Nous voulons dire que les dispositifs du livre et du disque
compact limitent le champ des informations au corpus sélectionné
et validé par les éditeurs, concepteurs, auteurs de l'œuvre
; de plus, les données y sont pré-construites selon un plan,
un ordre, un cheminement déterminé par l'éditeur et l'auteur,
puis proposé au lecteur. Dans un dispositif hypermédia en réseau,
le lecteur est confronté à un environnement international et
marchand réunissant dans des espaces virtuels une multiplicité
de sources les plus hétérogènes. Il doit donc développer un
autre type de lecture pour apprendre à se situer en dehors de
la sphère culturelle, historique, géographique, sociale, etc.,
au-dehors de tout contenu pris dans sa particularité et sa subjectivité
incontournables, en vue d'adopter un regard distancié, plus
critique et un comportement autonome en fonction des ses objectifs
de recherche.
Dans les environnements implicites des dispositifs hypermédias
en réseau, le lecteur est amené à reconstruire du sens à partir
du contenu mis à disposition ou potentiellement disponible,
s'il ne veut pas être submergé par un excès de communication
qui porte le danger de l'implosion du sens et du règne des simulacres
(Jean Baudrillard). Il se voit proposer une grande quantité
de données et de fonctionnalités, en tant qu'outils de navigation
et de manipulation de contenu, qui constituent autant d'incitations
à agir sur ce contenu pour inférer du sens. Les interfaces véhiculent
un message dont l'énoncé transforme la position et le rôle du
lecteur qui, en se trouvant ainsi interpellé, devient un lecteur
engagé dans une relation, non pas avec un énonciateur, mais
avec un logiciel lui donnant l'illusion de s'adresser à lui
d'une manière particulière. Cette intervention active du lecteur
modifie son rôle : il n'est plus le lecteur d'un livre dont
le discours est à lire, comprendre et assimiler mais auquel
il reste fondamentalement extérieur (du moins au moment où il
entame sa lecture). Il se trouve placé au centre d'un texte
et d'un dialogue à construire entre lui-même et les données
de son choix, dans lequel il est sollicité à s'engager selon
un processus de reconstruction d'un sens qu'il doit découvrir.
Il n'y a plus un unique chemin vers la connaissance, il en existe
désormais une multiplicité, à charge au lecteur de tracer lui-même
celui qui lui correspond, résultat d'une navigation et d'une
agrégation de données (de sources souvent diverses) toujours
singulière, ponctuelle et locale. Car la technologie interactive
ne peut en aucune manière remplacer l'activité intellectuelle
du lecteur, et "l'interactivité machinique" est bien
distincte de l'interaction mentale (Geneviève Jacquinot) et
du sens que donne le lecteur à sa démarche de recherche.
CD : Que deviennent les médiations
"classiques" sur Internet : accès aux documents, aux informations,
lectures et études de ces contenus. Que devient notamment le rôle du
documentaliste ?es ?
B.J.
: Sur les réseaux, les caractéristiques techniques d'accès à
l'information sont libérées des contraintes spatio-temporelles
et se combinent à l'utilisation obligatoire d'un logiciel, le
navigateur, comme interface de visualisation et d'accès aux
données sur la toile. Elles ont donc supprimé tout objet et
ont imposé, via un écran d'ordinateur, les espaces virtuels.
Cette dématérialisation accrue a été renforcée par l'utilisation
d'un même navigateur pour tous et par la confrontation à l'immensité
et à l'hétérogénéité de l'information réticulaire, présentée
de manière homogène et unifiée. Toutes les ressources, quelle
que soit leur origine, tous les producteurs d'informations,
quel que soit leur statut, bénéficient, dans les espaces virtuels
réticulaires, de conditions d'accès et de visualisation égales,
dans un brouillage déconcertant de leurs spécificités. La dématérialisation
des données numérisées a entraîné la disparition, sur les réseaux,
de l'objet-livre, objet symbolique de conservation des savoirs
et de la culture écrite, et de tous les éléments d'identification
qui y étaient associés. On le comprend, cette étape décisive
vers la dématérialisation et l'abstraction est très déstabilisante,
car elle remet en cause des pratiques de mise en espace et de
visualisation de l'écrit, d'accès à l'information, de diffusion
liés à la culture du livre et mis en place au cours de la période
moderne du XVe au XVIIIe siècle.
Les éditeurs sont confrontés à la nécessité de trouver dans
les espaces virtuels de nouveaux moyens d'expression pour reconstruire
leur identité, leur image et la spécificité du type d'écrit
diffusé. L'interface graphique constitue le nouvel espace dans
lequel ils doivent imprimer leur trace et affirmer leur singularité
par rapport aux milliers d'autres sites disponibles. Cet espace
est virtuel (impliquant la dématérialisation des données), hypermédia
(hypertexte, multimédia, interactif) et international.
Dans l'activité de consultation et de lecture, il n'y a pas
plus de contact entre les instances de production et de réception
dans le dispositif du livre que dans celui du dispositif hypermédia.
En revanche, le mode interpellatif des interfaces visuelles,
mise en place par l'intermédiaire des interfaces logicielles,
permet des animations visuelles ou sonores nouvelles par rapport
à celles de la page du livre (comme la taille ou la couleur
des caractères, l'insertion d'encadrés, de photos…), accompagnées
de stratégies d'interactivité qui permettent au lecteur d'exercer
une action sur le contenu simultanément à sa lecture. Il s'agit
principalement de construction de parcours de lecture singuliers
par des liens discursifs hypertextuels internes ou externes,
et aussi, plus accessoirement, de notes électroniques, de constitution
de dossiers personnels au fur et à mesure de la navigation,
d'actions de récupération de textes-fragments (actions d'enregistrer,
de copier/coller d'extraits en les modifiant…). Mais dans ces
opérations permanentes de choix (de sources d'informations,
de navigation, de lecture, de conservation de documents), le
lecteur-utilisateur engage principalement un dialogue avec lui-même
et non avec les instances de production, en utilisant les performances
matérielles et logicielles, combinées à la technologie hypertextuelle,
et ses capacités de filtrage et de sélection de l'information
jugée pertinente. S'il y a une forme d'échange entre deux instances,
il a principalement lieu entre le lecteur-utilisateur et les
logiciels qui, par l'intermédiaire des interfaces informatiques,
assistent le lecteur dans ses activités de recherche et de consultation
des données. Cette forme "d'intelligence logicielle" prolonge
l'intelligence humaine en prenant en charge le stockage (mémoire
externe) et en réalisant une partie des tâches de recherche,
de filtrage ou de classement des données, mais laisse au chercheur
les questions subjectives et contextuelles relatives à ses finalités,
ses choix et à la construction de sens.
Dans ces environnements, le lecteur-utilisateur conserve son
rôle de lecteur, tout en acquérant une marge de manœuvre traditionnellement
réservée à l'éditeur dans le livre : il se voit avant tout confronté
au difficile choix de ses sources (même si des pré-sélections
sont parfois proposées pour l'y aider). Il peut modifier et
personnaliser les modalités d'édition et d'affichage des données,
personnaliser les interfaces mêmes des logiciels sur les plans
de leur apparence (les "peaux") et de leur contenu, constituer
des dossiers thématiques personnels (dossiers personnels de
données et carnets de signets des navigateurs)… Ces évolutions
- du fait des choix de sources d'informations, des parcours
de navigation hypertextuels singuliers, des modes d'accès et
de consultation et de conservation des données - vont dans le
sens d'une autonomisation accrue des lecteurs et d'une personnalisation
des pratiques de lecture.
Dans l'espace informationnel global et ouvert en réseau d'Internet,
d'immenses gisements d'informations dispersés se présentent
sous une forme fragmentée, très hétérogène sur les plans de
leur forme, de leur qualité, de leur classement et de leur accès,
instables à plusieurs niveaux, peu structurés et en renouvellement
permanent, la logique du réseau étant une logique de flux. Les
données se présentent sous une forme modulaire et parcellaire
; supports, documents et données sont désormais dissociés. L'ampleur
des changements opérés sur la sélection, l'organisation, la
présentation et l'accès à un corpus d'informations, transformé
par la logique de flux auquel il se trouvait exposé, ainsi que
les moyens désormais mis en œuvre pour y accéder, est considérable.
Des classements thématiques, topologiques, chronologiques, par
types de documents, etc., juxtaposés ou combinés, permettent
un réagencement permanent, calculé en temps réel en fonction
des besoins du lecteur. Le choix d'un ou plusieurs modes de
classement est à la charge du lecteur lui-même, en fonction
d'un objet de recherche qu'il doit définir au préalable. La
multiplicité, la souplesse et la diversité des choix de structuration
adaptables des données, ainsi que des modes d'organisation et
de classement, sont caractéristiques des dispositifs hypermédias.
L'espace est désormais devenu mouvant et sémantiquement structurant,
les réagencements dynamiques, combinables et variés se superposent.
Les avantages des bases de données hypermédias, en termes de
modes de stockage, d'organisation et d'accès au corpus, par
rapport aux versions papier, sont indéniables : multiplicité
des points d'accès dans le corpus, automatisation des liens,
utilisation de filtres sémantiques, croisement de critères (options
de recherche avancées), utilisation des opérateurs booléens
pour mener des recherches multicritères, immédiateté et possibilités
d'affinement des résultats. Notons que toutes ces caractéristiques
se retrouvent autant dans un fichier hypertexte déconnecté que
dans des fichiers hypertextuels de données en réseau. L'ordre
encyclopédique imaginé par Diderot, qui reposait sur "l'enchaînement"
des connaissances par la transversalité de l'organisation globale,
est pleinement réalisé dans les environnements hypermédias,
alors qu'il était si difficile à mettre en œuvre et surtout
à maintenir dans le support du livre. La possibilité d'automatisation
des liens calculés gérés par le logiciel rend possible l'accès
en tous points d'immenses bases de données, au détriment toutefois
d'un environnement sémantique que le lecteur aura la tâche de
reconstituer. De plus, les techniques utilisées étaient jusque-là
réservées à des usages et des publics professionnels et leur
mise à disposition dans des œuvres destinées au grand public
fait apparaître les problèmes potentiels liés à une utilisation
adaptée et efficace.
CD : Peut-on parler de culture numérique
et de culture de réseaux, comme on peut parler d'une culture
du texte et du livre, afin de saisir les enjeux de ce nouveau
rapport aux hypermédias ?es ?
B.J.
: Je préfère à cet égard employer le terme de "culture de l'accès"
à l'information numérique. L'espace de communication aménagé
par le livre est un dispositif de médiation des savoirs si familier,
son usage est si intuitif et automatique, ses modes de communication
sont tellement omniprésents et inscrits dans tout notre passé
culturel et éducatif qu'ils deviennent pour cela même difficiles
à appréhender et à analyser. Il me semble qu'une approche théorique
comme le recours au concept de dispositif de communication peut
permettre justement de dégager ses particularités et de le considérer
sous l'aspect d'un environnement aménagé, qui comporte des caractéristiques
techniques (un support, un canal de communication, une technologie),
une structure et une organisation sémiotique, induisant une
relation auteur-lecteur et des usages singuliers.
La difficulté à appréhender le fonctionnement d'un dispositif
tient à la prise en considération et à la combinaison de plusieurs
composantes - technique, symbolique, relationnelle - qui s'interpénètrent.
Et c'est l'analyse comparative de dispositifs de médiation des
savoirs différents constitués par les environnements construits
dans le livre, le disque compact et Internet, qui permet de
dégager les spécificités de chacun d'entre eux par rapport aux
autres. Les enjeux des environnements hypermédias résident en
grande partie dans les évolutions marquantes associées aux étapes
clés du rassemblement, de l'organisation et de l'accès aux connaissances,
qui forgent cette culture de l'information en partie numérique.
Actuellement, Brigitte Juanals co-anime, avec Jacques Perriault,
le séminaire "Pratiques de lecture-écriture dans les espaces
numériques" http://www.pner.org/, organisé par la Fondation
MSH (Maison des Sciences de l'Homme) en partenariat avec le
laboratoire CRIS/SERIES (Centre de Recherche sur l'Information
Spécialisée, SEction de Recherche sur les Industries Electroniques
du Savoir de l'université de Paris X-Nanterre), dans le cadre
du programme Numérisation pour l'Enseignement et la Recherche
(PNER) sous la présidence de Jacques Perriault.
Colloque virtuel "Ecrans et réseaux" : d'octobre 2001 à mars
2002
Le colloque virtuel "Ecrans et réseaux, vers une transformation
du rapport à l'écrit ?", est "consacré à explorer l'impact
de l'Internet sur la lecture, l'écriture et la diffusion du
savoir". Il est co-organisé par la Bibliothèque Publique
d'Information (BPI) du Centre Pompidou, l'Institut Jean Nicod,
l'Association EURO-EDU, et avec GiantChair, Inc. parrain de
la manifestation.
http://www.text-e.org/
© G.V.
Captain-doc, mars 2002

Jack Goody : La raison
graphique. La domestication de la pensée
sauvage
Un passage célèbre
du Phèdre de Platon s'en prend à l'écriture. Au dieu
Theuth venu présenter l'invention de l'écriture comme "le
remède à l'oubli et à la science", le roi Thamous répond
qu'au contraire, cet art entraînera l'oubli dans l'âme de
ceux qui se fieront aux signes étrangers pour se souvenir
d'une science toute extérieure : l'écriture n'est pas un
moyen de développer la mémoire, mais au contraire de la
soulager ; et c'est seulement de la "remémoration"
qu'elle est le remède ; quant à la science l'écriture n'en
donnera qu'un semblant, en produisant des pédants capables
de parler de beaucoup plus de choses qu'ils n'ont appris
en réalité. Car l'écriture est comme un tableau, qui donne
l'image des vivants, mais qui reste muet quand on l'interroge,
et répète toujours la même chose ; sans son "père",
il ne peut se défendre contre les attaques et les objections.
Ce n'est pas pour rien que Theuth est dieu de la mort :
son invention porte la mort du discours vrai.
Mais
la condamnation n'est pas sans appel ; elle n'est que l'envers
d'une célébration de l'écriture comme modèle de la connaissance
humaine, réminiscence de l'au-delà. A l'écriture mortifère
ou dérisoire, qui revient à "écrire sur de l'eau",
Platon oppose une autre forme d'écriture, celle qui "s'écrit
dans l'âme" et y plante en profondeur des germes fertiles,
"des trésors de remémoration" pour l'auteur et pour
quiconque suivra la même voie ; une écriture vivante, qui
prend le dialogue pour norme et échappe à ses dérives. Loin
de s'y opposer, l'écriture serait à condition d'être correctement
écrite et lue, l'aboutissement du Logos, de la parole vivante.
L'âme sur laquelle il faut écrire la vérité, sous forme
de Loi : métaphore promise à un long avenir…
Bien
qu'il n'en parle pas, on peut dire que le livre de Goody
est un commentaire sociologique et ethnologique de ce mythe
platonicien. La thèse de Goody est que l'écriture a orienté
la pensée dans des directions inédites et fructueuses mais
inaptes à saisir ce qu'il y a de spécifique dans la pensée
dite primitive. Il est donc bien difficile de caractériser
avec nos outils ces sociétés sans écriture et dangereux
de plaquer sur elles une logique propre à la pensée d'après
l'écriture ; et c'est pourquoi Goody substitue aux schémas
binaires traditionnels de l'ethnologie (avant/ après, primitifs/
civilisés, purs/pervertis, etc.) une recherche sur le passage
d'une pensée sans écriture à une pensée avec écriture. Dans
bien des cas, dit-il, il faut opposer "oral" et "écrit",
et non "traditionnel" et "moderne". Cependant le problème
est plus complexe encore, car l'écriture n'est pas le simple
enregistrement phonographique de la parole : elle modifie
en profondeur la pensée humaine, et jusqu'à la parole parlée
en y introduisant des cadres nouveaux.
Ces
cadres nouveaux, ce sont le tableau, la liste,
la formule, la recette ou le reçu.
Telles sont en effet, bien avant la rédaction de textes
qui suivraient la linéarité de la parole, les premières
utilisations de l'écriture dans les plus anciens documents
connus. A la rigidité de ces cadres essentiellement graphiques,
qui influencent la pensée et la parole elle-même, et qui
servent à consolider les pouvoirs et les structures sociales,
s'oppose la souplesse que l'on peut observer chez les peuples
sans écriture vis à vis des lois, des rites et des mots
; souplesse que l'on néglige en couchant par écrit les coutumes
: les ethnologues ont cru pouvoir déceler ainsi de rigides
structures inconscientes là où il n'y avait que des actes
phonatoires ponctuels, individuels et modifiables selon
les circonstances : un " mythe " n'est pas nécessairement
fait pour être répété à l'identique, mais au contraire peut
être adapté, transformé à chaque récit par le récitant qui
est aussi créateur. Pourquoi, par exemple, attribuer toujours
un mythe à une ethnie ou à une pensée collective, en négligeant
les auteurs que nous reconnaissons chez nous ?
Aussi,
en passant de l'oral à l'écrit, en construisant la fiction
d'un texte détaché de ses multiples contextes oraux, les
ethnologues n'ont fait que projeter sur leur objet d'étude
les caractéristiques de leurs propres outils ; et au lieu
d'avoir découvert des structures sous-jacentes, implicites
ou inconscientes, Goody les soupçonne d'avoir au contraire
recouvert le discours de ceux qu'ils interrogeaient
et qu'ils mettaient en fiches, en tableaux et en catégories
étrangères à leur mode de pensée. En témoigne par exemple
l'interprétation célèbre du tabou par Mary Douglas : une
réaction aux événements gravement incompatibles avec les
principes admis de classification, avec les catégories établies.
Mais dans les faits, remarque Goody, les situations sont
bien plus complexes et ne se laissent pas réduire à de tels
tableaux. Le "tabou", s'interroge-t-il, est-il lui-même
une "catégorie" universelle, qui exige une explication,
quelle qu'elle soit ? En réalité, l'extension du mot polynésien
"tabou" à toutes les mentalités primitives, résulte déjà
d'une raison "graphique", inapte à saisir la complexité
et la souplesse des comportements et des pensées non graphiques.
Goody retourne ainsi le tabou contre les interprétes et
leur raison graphique, interdite d'accès direct à la pensée
orale, et qui enferme les coutumes observées dans des règles
figées, qui deviennent des lois ou des systèmes. Le véritable
tabou est apposé par l'écriture, ou du moins cette pensée
graphique qui fait écran à notre compréhension d'un monde
où l'explication unique et l'application stricte du principe
de contradiction sont à proscrire.
Ainsi
le tableau, instrument privilégié de l'ethnologie
structurale, "par son caractère bidimensionnel et figé,
simplifie la réalité du discours oral", et réduit notre
compréhension de ce dernier au lieu de l'augmenter. La structure
visuelle et non sonore du tableau, le fait que toutes les
cases "demandent" à être remplies, l'imposition d'une logique
binaire soumise aux principes de contradiction et d'équivalence,
la nécessité de classer et de hiérarchiser, tout en manipulant
les termes à volonté, tout cela a contribué à "domestiquer"
la pensée sauvage, et rien ne dit que ces cadres soient
adéquats pour la saisir. Il en va de même pour la liste
écrite, qui, dans la mesure où "l'œil opère très différemment
de l'oreille", impose qu'une classe d'objets ou d'actions
ait un commencement et une fin, soit exclusive et exhaustive
; questions étrangères à une pensée orale. "Un problème
du genre : la tomate est-elle un fruit ou un légume ? ne
rime absolument à rien dans un contexte oral ; il est même
douteux pour la plupart d'entre nous, mais il peut se révéler
décisif quant aux progrès de nos connaissances systématiques
concernant la classification et l'évolution des espèces
naturelles."
En
conclusion Goody peut déclarer avec Theuth que la représentation
graphique de la parole est un outil, un amplificateur, un
auxiliaire d'une extrême importance qui transforme la représentation
du monde des illettrés. L'écriture arrache la parole à son
contexte immédiat, enferme les mots dans de nouveaux cadres
abstraits, où ils seront manipulables, analysables et recomposables
à l'infini ; comme instrument critique et accumulatif, elle
est "le fondement de tous les développements majeurs
dans les domaines artistiques et surtout scientifiques".
Mais plus que jamais aussi on peut dire en ce domaine que
la connaissance modifie son objet au point de le défigurer,
lorsqu'elle prétend penser ce qui l'a précédée. Curieusement
Goody consacre l'essentiel de l'ouvrage à décrire cette
domestication, plus qu'il ne propose des instruments pour
comprendre la pensée antérieure à l'écriture. Comme si celle-ci
ne pouvait être saisie que rétrospectivement ou fantomatiquement,
au moment où l'écriture va l'absorber.
Jack Goody : La raison graphique. La domestication
de la pensée sauvage, Editions de Minuit (collection "le sens
commun"), 1979, traduction de l'anglais et présentation par Jean
Bazin et Alban Bensa. 275 p.
© A.S.
Captain-doc, mars 2002

Ecrits sur de
l'eau : Tabou de
Murnau
Nota : pour alléger
le poids de la lettre, nous n'avons pas intégré toutes les
illustrations, mais cet article demande à être lu en mode
multimédia avec les photos du film ; voir le site : http://www.captaindoc.com/dossiers/cinema0.html
Intertitre interdit
 Murnau sur son yacht
"Le film idéal n'a pas besoin de texte", déclarait F.-W.
Murnau, le plus grand cinéaste du muet, qui pour échapper
à Hollywood envahi par le parlant, partit tourner son dernier
film dans les mers du sud, à Tahiti. Ce film muet ne contient
aucun dialogue et donc aucun intertitre proprement dit ;
il est pourtant envahi par le texte : cartons présentant
le sujet, messages écrits, carnets de bords, écriteaux prennent
habilement le relais des intertitres traditionnels pour
raconter l'histoire. Car c'est l'écrit sous toutes ses formes
qui est à l'origine du drame.
Toute
la première partie du film, intitulée "le paradis", se passe
de texte. Tout y est transparence et immédiateté, vivacité
et sensualité : la caméra de Murnau remonte tout naturellement
d'une scène de pêche en bord de mer à la cascade où les
pêcheurs vont se rafraîchir, jusqu'au pur cristal des fontaines
où naissent les premiers feux de l'amour : l'œil de la caméra
remonte ainsi de l'homme primitif capté par la caméra de
l'anthropologue (le grand documentariste Robert Flaherty,
dit-on, tourna les premiers plans) à l'homme naturel de
Rousseau, intuition pure de l'esprit.
Le
passage du muet au parlant fut la plus grande crise que
connut le cinéma. Du jour au lendemain, un art qui avait
atteint son apogée fut englouti corps et biens, des dizaines
d'artistes géniaux furent brisés. La regrettée revue Cinématographe
consacra à cette tragédie deux numéros importants (n° 47
et 48, mai et juin 1979). Dans un bel article intitulé "l'ombre
du son", Louis Audibert montrait que Tabou était,
comme film et comme histoire, un véritable "déni de parole"
; il notait que dans ce monde primitif "il n'y a pas
besoin de signes car tout est expression", sans "aucune
médiation entre l'être et la nature". Une simple couronne
de fleurs est la "messagère d'Eros" qui appelle l'homme
à la source supérieure où l'attend la jeune fille au milieu
des feuillages.
Le paradis : un univers sans signes
Tabou donne d'abord à voir une image du paradis terrestre.
"Dans un tel paradis, écrivait L. Audibert, la caméra
ne peut être qu'une intruse, nécessairement silencieuse
et interdite, tout entière réduite à la seule connaissance
de l'œil". Le héros Maori se caractérise d'emblée par
une puissance visuelle extraordinaire : il voit à travers
l'eau, ce qui lui permet de pêcher avec une lance, à distance.
Il sait aussi par sa seule force mettre fin aux conflits
en séparant deux jeunes filles qui se disputent dans un
bassin sorti du second Faust de Goethe : "le riche feuillage
cache la noble reine" (II, 2). La vie est là, limpide,
à l'image de l'eau. Des images d'une beauté ruisselante,
qui se passent de tout commentaire.
A notre œil civilisé, l'idylle paraît déjà menacée par une
montagne cornue qui assombrit les plans dès que les indigènes
partent à la rencontre du bateau fatal qui va perdre le
paradis. Mais ce n'est que pour nous que la montagne prend
valeur de menace ; pas pour les personnages. Avant même
les premières images, un carton (un texte) marque la distance
qui nous sépare de ce monde que l'écran semble rendre transparent.
L'accès direct à la nature nous est interdit : ce que montre
l'écran, c'est un mythe. "Murnau en effet (et Tabou est
l'aboutissement de ce désir) a pour mythe personnel un univers
absolument détendu, où se donne à voir le calme essentiel,
presque intemporel, du visible en son entier" (Alain Badiou). Mais le texte va faire irruption
dans l'écran pour raconter l'histoire du paradis perdu.
La fiction du tabou
On a reproché à Murnau d'avoir importé pour les besoins de
sa fiction un tabou qui dit-on était ignoré des Maori (bien
que le mot tabou soit lui-même d'origine polynésienne). Ce
fut, dit-on, la raison du départ de Flaherty, venu filmer
les coutumes des indigènes avec la prétendue objectivité
de l'anthropologue. Mais c'est précisément cette prétention
à l'objectivité que Murnau met en cause en introduisant
le tabou. Le film ne triche pas : le tabou est bel et bien
introduit de l'extérieur, véhiculé par un bateau portant
le nom de Moana, le précédent film de Flaherty qui célébrait
la vie primitive et insouciante des Polynésiens. Ironie
? ou bien Murnau a-t-il pensé au "culte du cargo" ?
Toujours est-il que le vaisseau est le premier à rencontrer
l'interdit : il ne peut accoster sur l'île primitive, il
est arrêté par la barre de corail qui la protège. Pour nous
qui venons d'assister aux scènes "primitives", la présence
du bateau est d'abord un rappel de la présence de l'homme
civilisé et de son regard, de sa caméra venue voler et violer
la pureté inconsciente des origines. L'homme civilisé ne
peut s'introduire chez les indigènes sans modifier leur
vie, sa présence n'est jamais innocente. Ne pouvant entrer
incognito, ne pouvant même accéder seul à l'île, le Bateau
de la Civilisation doit se faire annoncer. Le son entre
dans l'image avec les cris du guetteur. L'Histoire commence
; le malheur cependant ne vient pas de la parole mais de
sa fixation par l'écriture.
Le paradis perdu
Sur
le bateau de l'homme blanc, le capitaine en costume européen
s'efface devant un personnage plus important, un lugubre
grand prêtre venu d'une autre île et porteur d'un message
écrit. La coupure n'est pas entre le monde "primitif" et
"civilisé" ; la coupure est introduite par l'écrit. Le prêtre
déroule le parchemin : la jeune fille est "tabou". Aussitôt
la joie des indigènes fait silence - mais nul ne conteste
; la jeune fille disparaît derrière les femmes prêtresses
qui l'entourent, la couronne éclatante de blancheur que
son amant a lancée sur sa tête est jetée à terre, et ce
n'est plus qu'une ombre, un spectre qui va la dérober. Le
destin des amants est noué, leur fuite sera sans issue.
Elle
sera ponctuée par un enchaînement fatal de textes qui tous
témoignent de l'impossibilité d'échapper à la surveillance,
au harcèlement de la société, qu'elle soit primitive ou
civilisée. Ces textes ne font que développer toutes les
dimensions du tabou énoncées par le parchemin : promulgation
d'un interdit (il est interdit de désirer la jeune fille)
; menace et exécution de la menace pour tout transgresseur
(qui sera poursuivi jusqu'à la mort) ; enfin le tabou se
confond avec la chose ou la personne même sur laquelle il
porte ; il se substitue à elle. La jeune fille est tabou.
Or, dans le monde dit civilisé, l'écriture remplit exactement
les mêmes fonctions : l'écrit porte la loi, la dette, la
mort.
L'écrit comme instrument de communication
Dans le monde civilisé comme chez les primitifs, l'écrit est
un instrument de communication entre des mondes éloignés
par la nature. Deux ethnologues amateurs racontent l'histoire
tout en y participant : le capitaine, apparemment neutre
et par là distant, qui consigne les événements sur son carnet
de bord ("je ne partirai pas avant de savoir comment
va finir cette histoire" : le récit, comme le tabou,
exige une fin) ; puis, c'est un consciencieux brigadier
qui note sur son registre destiné aux autorités l'arrivée
de ces sauvages inconscients de la valeur de l'argent ;
l'écriture sert dès lors à communiquer l'avis de recherche
lancé contre les fuyards, avec promesse de récompense. Avis
que le policier accepte de déchirer en échange d'une perle
sans doute plus précieuse, initiant ainsi nos héros aux
valeurs du commerce. Mais l'argent ne fait que changer le
substrat du destin.
L'écrit comme substrat de la dette
Dans
le monde primitif, le tabou est assorti d'une menace de
rétribution par la mort pour tout transgresseur. Dans le
monde civilisé, l'écrit sert de support aux reçus et aux
reconnaissances de dettes, que pendant la fête organisée
par le policier les commerçants chinois font sournoisement
signer au héros insouciant : pour ce dernier, c'est vraiment
du chinois, mais elles lui reviendront comme des interdits
au moment où il veut s'enfuir en bateau ; il comprend alors
que, pour les voir déchirées à leur tour, il lui faut une
autre perle et donc affronter un autre interdit : le lagon
où rôde le requin mangeur d'hommes.
L'écrit porteur
d'interdit et de mort
De
même que le tabou dans le monde primitif s'applique aux
êtres mêmes, l'écrit dans le monde civilisé est collé sur
les objets pour signifier leur valeur, jusqu'à s'y substituer
; à ce titre il envahit l'écran : "pas de crédit"
collé au mur, calendriers et tableau des départs des bateaux,
etc. Lorsque Reri aperçoit le prêtre sur le seuil de sa
cabane, nous pouvons croire avec elle qu'il s'agit d'une
hallucination, mais la lettre qu'il a jetée à terre matérialise
le cauchemar. Pendant que Matahi est parti affronter le
tabou du requin, Reri s'en va en lui laissant encore une
lettre : "le tabou est plus fort que tout - je serai
dans tes rêves".
L'image
la plus étonnante est celle du panonceau "Tabu" flottant
sur l'eau, dans le lagon au requin, sur l'ordre du policier.
L'écriture ici se surimpose à la nature, à ce qu'elle a
de plus mobile et fluctuant. Loin des eaux claires et jaillissantes
du paradis, rien n'est plus inquiétant que cette eau dormante
surmontée d'un panneau. Ce panneau a quelque chose de surréaliste
- comme si le requin se trouvait précisément à cet endroit,
et comme si l'on pouvait écrire sur de l'eau. "Ecrire
sur de l'eau", c'est un proverbe grec que cite Platon
lorsqu'il critique l'écriture : il signifie écrire en pure
perte (nous disons "écrire sur le sable") et plus
fondamentalement, que l'écriture apporte la mort du discours
vivant et vrai.
L'écriture devant la nature
"La
parole figée, morte qu'est l'écriture, écrivait Audibert,
est tout entière parole de mort ; elle noue le destin des
personnages, qui jettent leur innocence contre son arrêt
maléfique". Comme toute puissance maléfique, elle a
besoin de tout un appareil complexe pour la porter. Un bateau
porte le messager du parchemin signifiant le tabou frappant
la jeune fille ; un autre apporte l'avis de recherche contre
les amants en fuite ; un dernier emporte la jeune fille.
Commentant l'article d'Audibert, G. Deleuze en donnait une
interprétation politique : "L'image visuelle renvoie
à une nature physique innocente, à une vie immédiate qui
n'a pas besoin de langage, tandis que l'intertitre ou l'écrit
manifeste la loi, l'interdit, l'ordre transmis qui viennent
briser cette innocence, comme chez Rousseau" (L'image-temps).
Derrière l'écrit et le bateau, en effet, on peut voir la
société dont les instruments - la religion, la loi, la prohibition,
la propriété, la conscience comme organe de communication
- ont pour effet d'anéantir le couple. L'amour est un lien
autonome qui lui échappe, n'ouvre pas la voie au commerce,
au pouvoir, au progrès. Etant premier et positif, il ne
soupçonne pas le mal, qui dans les films de Murnau vient
toujours de l'extérieur : des Carpathes (Nosferatu),
de la grande ville (L'Aurore), et toujours par les
voies maritimes. La mort fut le premier navigateur, disait
Bachelard.
Et
souvent, dans sa candeur, c'est le bien lui-même qui va
au devant du mal. Ainsi les frêles embarcations des indigènes
chargés de fleurs sont comme attirées par la lourde masse
du bateau, oscillant sur la ligne de corail qu'il lui est
interdit de franchir. Jusqu'à Tabou, le combat se terminait
heureusement, fût-ce au prix d'un sacrifice. Mais cette
fois, le mal est plus puissant. Jean Mitry disait justement
dans son Histoire du cinéma que "Tabou exprime
moins une prise de conscience, comme il en est de la plupart
des films de Murnau, qu'il n'exprime une révolte qui est
conscience intuitive". La révolte est celle de l'intuition
immédiate contre la conscience développée, aliénée dans
ses propres outils : les symboles.
Retraçant "l'évolution du langage cinématographique",
André Bazin a condensé ce qui fait de l'art de Murnau l'essence
même du cinéma muet : "La composition de son image n'est
nullement picturale, elle n'ajoute rien à la réalité, elle
ne la déforme pas, elle s'efforce au contraire d'en dégager
les structures profondes, de faire apparaître des rapports
préexistants qui deviennent constitutifs du drame. Ainsi
dans Tabou, l'entrée d'un vaisseau dans le champ
par la gauche s'identifie absolument avec le destin sans
que Murnau triche en rien avec le réalisme rigoureux du
film, entièrement en décor naturel". Un tel art se passe
de tout signe, parce que l'image, les objets, le décor et
la nature y sont entièrement et immédiatement expressifs.
En ce sens Murnau est proche de la "mentalité primitive",
en tant qu'elle confond les états de l'âme avec les choses
mêmes. De cet art toute forme de symbolisation conventionnelle
serait la destruction. C'est cela que raconte Tabou. Le
symbole s'introduit dans le film lui-même, et devient un
personnage du drame ; l'écrit est le véritable mal, dont
les "méchants" ne sont que les porteurs impuissants, agissant
comme par délégation. Le "destin" qu'exprime l'entrée du
bateau n'est autre que l'écrit qui le signifie. Quand l'écrit
s'introduit à son tour dans l'écran, c'est pour jeter l'interdit
sur l'expression naturelle du sentiment.
L'écrit dans l'écran
Commencé dans le pur réalisme ethnographique, Tabou
est progressivement gagné par l'emprise du symbolisme. Découvrant
la lettre d'adieu de Reri, Matahi laisse tomber côte à côte
dans la poussière la perle et la fleur. "Pour peu qu'on
lui prête un sens maléfique, écrit J. Mitry, la perle
noire que ramène Matahi et qui s'oppose à la blancheur de
l'hibiscus - symbole d'offrande amoureuse -, devient telle
qu'un signe prémonitoire de défaite et de mort".
Comme
la vie, le cinéma est une lutte perpétuelle de la lumière
et de l'ombre. Mais dans Tabou, l'ombre qui envahit
l'écran vient du texte. Car le véritable tabou n'est pas
dans la nature, mais ce que l'homme invente en interprétant
la nature et en faisant délirer les dieux. Le héros peut
échapper au requin, il n'échappe pas au tabou, et le grand
prêtre emportant la jeune fille s'identifie parfaitement
au requin - sans qu'on triche en rien avec le réalisme de
l'action. Toutes les formes d'écrits qui ponctuent le film
sont autant d'interdits que le héros cherche à transgresser
: le maintien de la vie s'identifie à cette transgression
perpétuelle, car le tabou est ce qui coupe la vie, sépare
les êtres, comme le couteau du prêtre et la dent du requin
tranchent le lien qui rattache le plongeur à la vie.
Il
n'y aura pas cette fois, comme dans les précédents films
de Murnau, d'aurore salvatrice. Le héros a beau traverser
la mer en barque, à la course, à la nage. La jeune fille
est enterrée vivante dans les cales de la religion et l'homme
englouti par la mer dont il avait pu se croire le maître.
Mais ce n'est pas elle qui l'a tué, c'est l'écriture. Sur
la vague qui l'ensevelit, le dernier plan achève le processus
en y inscrivant, par surimpression, le mot "tabu"
: le symbole recouvre la nature comme il a pénétré les âmes,
l'écrit envahit l'écran, le mot "fin" peut s'y inscrire
à son tour. Ecrire sur de l'eau, c'est en faire un linceul.
Contre "l'art total"
A
l'instar des Lumières de la ville, autre film muet "résistant"
de la même année 1931, on peut considérer Tabou comme
une parabole sur l'invasion de la parole à l'écran. Alors
que le film de Chaplin s'achevait lorsque la jeune aveugle,
trompée par la parole et le son, recouvrait la vue, inversement
le film de Murnau prend fin lorsque le texte recouvre et
absorbe l'écran. Intégrant le texte dans l'image comme pour
symboliser le cinéma parlant, Tabou peut être considéré
comme une anticipation de ce qu'on nomme aujourd'hui le
multimédia, et fait peser sur celui-ci un sévère jugement
: alors que l'enregistrement des images les anime et donne
le sentiment de la vie, l'enregistrement simultané du texte,
qu'il soit visuel ou sonore, ramène l'image animée à la
fixité fatale de l'écrit.
Bien
que muet, Tabou a également une bande sonore d'époque,
hélas : c'est un insupportable patchwork de musique romantique
mêlée à des thèmes folkloristes de la pire espèce, qui souligne
l'image de manière redondante et odieuse, transformant le
spectacle en représentation et la sensation immédiate en
discours lourdement signifiant. Ne valent guère mieux les
musiques plus modernes que l'on a déposées le long de ces
images qui se suffisent à elles-mêmes. Le film ne recouvre
toute sa force que dans le silence complet. Comme le soulignait
L. Audibert, Tabou est aussi la démonstration que
l'image est parfaitement apte à rendre les sons, les appels
du guetteur, les musiques de la fête, le fracas des vagues,
le silence de la nuit. Et nul film parlant ne saurait montrer
le prêtre interrompant d'un coup le vacarme de la fête par
une image : sa couronne jetée à terre. Il n'y a pas de progrès
en art, et les arts s'annulent en se cumulant. En devenant
sonore et parlant, l'art cinématographique se dirigeait
implacablement vers l'ère du multimédia où il ne pouvait
que se noyer.
Quelques jours avant la première du film à Los Angeles, Murnau
mourut à son tour dans un accident de voiture, pour avoir,
dit-on, laissé son jeune serviteur philippin, âgé de quatorze
ans, prendre le volant - bravant l'interdit. S'il fallait
interpréter cet événement (Murnau, dit-on, était superstitieux)
: comme s'il valait mieux mourir que laisser le cinéma sortir
de son enfance en devenant parlant et le texte "faire
écran" à l'écran, l'écran fantastique sur lequel, trente-cinq
années durant, la vie avait paru se laisser capter.
A. S. © Captain-doc,
mars 2002

Lettre, mensonge et cinéma
(Buster Keaton - L'Intégrale des courts métrages 1917-1923
en DVD)
Dans Madame Bovary, Rodolphe, avant d'envoyer sa
lettre d'adieu à Emma, fait couler une grosse goutte d'eau
sur l'encre, pour figurer des larmes, faire croire à sa
peine et à son amour. On assiste à une séquence semblable
et pourtant exactement contraire dans le film de Keaton,
The love nest (Frigo et la baleine) : le point
de départ est une scène de pur cliché "romantique", une
rupture amoureuse sur fond de soleil couchant, et tout commence
par une lettre d'adieu que le héros, embarqué dans un bateau
au doux nom de "Cupid", écrit bravement à son ex-fiancée
: "Vipère traîtresse, puisque vous m'avez annoncé que
vous rompiez nos fiançailles, j'ai décidé de ne plus vous
épouser." Puis on le voit recueillir les larmes de ses
yeux, avec application et sans pathos, comme s'il procédait
à une opération, pour cacheter cette dernière missive.
Héros qui pleure, spectateur qui rit. Cette utilisation
"pratique" du chagrin est réjouissante, d'autant que l'eau
(salée) ne manque pas autour de lui. Chez Flaubert comme
chez Keaton, il s'agit de faire rire en rappelant la matérialité
du chagrin, s'opposant à l'idéalisation propre au sentiment
amoureux, mais la naïveté poétique du cinéaste s'oppose
à l'ironie du romancier. Dans les deux cas les larmes dénoncent
le caractère mensonger de la lettre. Mais tandis que dans
le roman, les fausses larmes sur-signifient le chagrin,
indiquant l'artifice et la manipulation, dans le film, les
larmes du héros, tout en révélant la parade littéraire aux
yeux du spectateur, révèlent un vrai chagrin qui restera
délicatement invisible au destinataire. Les larmes scellent
la lettre et l'amour, attestant l'authenticité du sentiment.
Le rire du spectateur est un rire attendri.
La lettre ment,
le cinéma révèle. La lettre comme mensonge, parade et
contrepoint comique à une réalité cruelle est le thème d'un
autre court-métrage de Keaton, Day Dreams (Grandeur et Décadence).
Cette fois, la scène inaugurale est une déclaration d'amour
avec marguerites à l'appui. Mais elle est tout aussi désespérante
: le père de la belle enjoint au héros de mériter sa fiancée,
et de partir chercher un travail (sinon, dit-il, "je
vous prêterai mon revolver pour vous aider à vous suicider").
Les lettres que Keaton envoie alors à sa fiancée sont autant
de beaux mensonges qui servent à donner le change, à substituer
la grandeur rêvée à une piteuse réalité. Tout l'objet du
film est de les démystifier. Après la version officielle
(la lettre), la réalité sordide (le cinéma). Tandis que
des plans fixes montrent la fiancée se pâmant à leur lecture,
imaginant son amoureux en chirurgien, en as de la finance,
en star de théâtre ou en héros militaire, le spectateur
assiste aux mésaventures échevelées d'un petit bonhomme
ramassant un putois dans un "hôpital pour chiens et chats",
luttant avec des tas d'ordures ou se prenant les pieds dans
un costume antique de figurant, courant à toutes jambes
et sans pantalon devant une meute de policiers, puis tombant
à l'eau... pour finalement se retrouver dans une fourgonnette
postale, à côté d'une blanche brebis aussi égarée que lui,
une étiquette autour du cou, et être livré par le facteur
comme un vulgaire colis, jeté la tête en bas, défiguré et
en haillons... aux pieds de sa fiancée horrifiée. Dans cette
scène hilarante, le décalage est annulé, la "littérature"
dépose les armes devant le cinéma. A travers la lettre,
c'est la fonction falsificatrice du discours et de la parole
que le cinéma révèle et raille ici, avec toute la force
simple et magistrale du muet.
La
lettre est un leurre. Grâce à elle, le héros réécrit l'histoire
: il peut rester maître de son destin, afficher réussite
sociale et amoureuse, sauver la face. Le cinéma est du côté
du réel - de la misère, de l'instabilité, de la persécution,
de la saleté, de l'échec - ; il montre un héros perdu, un
monde hostile, la vie grouillante et indécrottable. Et c'est
tout cela qui nous met en joie.
Buster Keaton - L'Intégrale des courts métrages 1917-1923 en
4 DVD, EUR 45,41 / 297,87 FF
© J.S. Captain-doc, mars 2002

Le
sens de l'image, ou les relations entre les éléments d'une
image
Que se passe-t-il quand on regarde une image ? Le sens de
la lecture est aussi bien la direction empruntée par l'oeil
que la signification donnée par l'esprit aux éléments de
l'image et au réseau de relations qu'ils entretiennent…
Voir
la suite sur le site (avec les illustrations).
© S.D.
Captain-doc, mars 2002

Le
Trésor de la Langue Française Informatisé (TLFI) sera
officiellement présenté le 5 mars prochain.
Le
TLFI est la version informatisée du Trésor de la Langue
Française (TLF), dictionnaire des XIXè et XXè siècles, comportant
de nombreuses entrées. Il est développé par l'ATILF (Analyse
et Traitement Informatique de la Langue Française, Unité
Mixte de Recherche CNRS/Université de Nancy 2). Le TLFI,
déclare son concepteur, J.Dendien (Jacques.Dendien@inalf.fr),
se distingue des autres dictionnaires informatisés présents
sur le marché par la puissance de recherche qu'il offre
aux utilisateurs.
"Cette puissance résulte d'un traitement hautement élaboré
qui a permis de décomposer le texte du TLF en objet élémentaires
(définitions, exemples, indicateurs de domaine technique,
indicateurs sémantiques, grammaticaux, stylistiques, etc.)
et d'analyser les relations hiérarchiques liant ces objets.
Il en résulte des possibilités d'interrogation virtuellement
illimitées". Le TLF informatisé se distingue aussi par
la technologie mise en oeuvre : la réalisation de l'interface
utilise la norme HTML habituellement réservée au service
Web d'Internet.
L'utilisateur habitué à Internet se trouve donc dans un
univers tout à fait familier. L'utilisateur qui n'a pas
d'expérience Internet n'en est pas pour autant lésé : la
simplicité qui découle de la norme HTML (quelques boutons
à presser ou quelques formulaires à remplir) lui permettra
une utilisation rapide et efficace.
Un détail : la prononciation des mots est générée de manière
synthétique par un programme qui analyse les indications
phonétiques contenues dans le TLF.
Pour
plus d'information : http://www.inalf.fr/cgi-bin/mep.exe?HTML=mep_tlfi.txt?CRITERE=BIENVENUE et http://zeus.inalf.fr/scripts/tlfi/showp.exe?1;s=3743462985;p=avert.htm
© A.S.
Captain-doc, mars 2002
© FTPress 2001.
Reproduction possible à des fins non commerciales, sous réserve d'autorisation
de notre part.
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